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LE PRIEURE-CURE DE SAINT-ETIENNE-LARDEYROL

 

            Situé à une dizaine de kilomètre au nord-est du Puy-en-Velay, le village de Saint-Etienne-Lardeyrol est au creux d'un vallon, encadré part les monts Chouvet et Flacelier, restes de volcans éteints. A une des extrémités du riche bassin de l'Emblavez, la campagne fait alterner pâturages verdoyants et forêts de conifères.

            Nous connaissons très peu de chose des premiers siècles du Moyen Age. Aucun vestige gallo-romain n’a été découvert. Lacombe, maire de la commune, signale en 1859 à Auguste Aymard la "Pierre Saint-Georges" au lieu dit Pailhère. Cette dernière est une représentante des roches dites à bassin qui, à des âges reculés, auraient reçu un culte[1]. Elle aurait servi d'autel ou de simulacre informe de divinité, selon Aymard[2]. Toujours d'après ce dernier, deux noms à terminaison latine étaient gravés sur cette "Pierre Saint-Georges", terminaisons que Gounot, conservateur du musée Crozatier au Puy, ne put lire. En tout état de cause, cette pierre jouit de la renommée de guérir les enfants en bas-âge. De plus, la légende veut que saint Georges y ait tué de son sabre un serpent qui entourait la montagne de ses replis[3]. Cette pierre pourrait attester l'existence de population près de l'actuel village de Saint-Etienne.

            Un second facteur dut favoriser l'implantation de population : la proximité de voies de communication et leur amélioration par les Romains. Un des embranchements de la route qui reliait Lyon à Marseille, venait d'Annonay, effleurait Yssingeaux, traversait Le Pertuis, le village de Montferrat et se dirigeait vers Le Puy. Il existe peu de vestiges de cette route, si ce n'est près du village du Mont, où le chemin de Montferrat franchit le ruisseau de la Roudesse sur un pont que les gens du pays qualifient de romain, et où M. Gounot a reconnu des claveaux gallo-romains en remploi (conservés d'une première construction, ils auraient été réutilisés sur place)[4]. De plus, près ou dans le village de Montferrat un péage appartenait au seigneur de Lardeyrol. Mais à la différence de celui qui existait au Pertuis, il ne subsiste aucune construction.

 

Une paroisse dès le XIè s.

            Le premier écrit mentionnant l'existence de la paroisse de Saint-Etienne-Lardeyrol est le numéro 189 du cartulaire de Chamalières. Celui-ci nous dit que vers les années 1021-1028, un manse situé dans la villa de Lous Pis (lieu-dit situé au nord-est de Saint-Etienne), dans le mandement du château de Lardeyrol et dans la paroisse de Saint-Etienne de Combriol (in villa que dicitur ad Pinos, in mandamento castri de Lardariolo et parrochia Sancti Stephani de Combriolo), fut donné par un homme dénommé Guido au prieuré de Chamalières[5].

            Ce dernier, ancien établissement indépendant, fut uni vers 950 à l'abbaye bénédictine du Monastier-Saint-Chaffre, date à partir de laquelle il ne cessa de se développer grâce aux donations effectuées par de puissantes familles. Au temps du prieur Pierre Ier (1021-février 1028) un grand nombre de chartes attestent l'accroissement des biens du monastère, dont ce manse donné par Guido, peut-être membre de la première famille des seigneurs du château de Lardeyrol.

            Le cartulaire nous apprend que Saint-Etienne de Combriol, nom primitif de la paroisse (Combriol étant un village situé au nord-ouest de Saint-Etienne-Lardeyrol), était dès le XIe s. une paroisse dépendant du mandement du château de Lardeyrol.

            Le seigneur du lieu était vassal de l'évêque du Puy, de la fin du XIIe siècle, d'une manière certaine, jusqu'à la Révolution. L’hommage lui en était dû à chaque mutation[6]. Des actes de 1213 et 1220 nous signalent que Pons de Chapteuil a hommagé pour ses possessions castrales, dont celle de Lardeyrol.

            L'église de Saint-Etienne figure parmi les dépendances de l'évêché du Puy comme simple bénéfice séculier, dans une bulle du pape Alexandre III, datée de 1164[7]. Celle-ci concède à Pierre IV, évêque du Puy, protection du Saint-Siège pour toutes les églises et les possessions dépendantes de l'évêché et du chapitre.

 

 

A - Le prieuré bénédictin

            Rattachement de l'église à l'abbaye de La Chaise-Dieu

            Un siècle et demi après sa première apparition dans les textes, exactement le 15 des calendes de juillet (18 juillet) 1167, l'évêque du Puy Pierre de Solignac fait don des églises de Saint-Etienne-Lardeyrol et de Saint-Pal-de-Mons à l'abbaye bénédictine de La Chaise-Dieu. Par le même acte, il accorde à l'abbé une prébende canoniale dans le chapitre du Puy, identique à celle que possédait déjà l'abbé de Cluny[8], de sorte qu’il sera reçu dans la cathédrale de la même manière qu'un chanoine, siégeant dans le chœur immédiatement après le prévôt[9].

            Pourquoi cette donation à l'abbaye de La Chaise-Dieu, située sur les hauts plateaux du Livradois, alors que dans les monts du Velay, à quelques kilomètres de l'évêché, existait aussi une importante abbatiale bénédictine, Saint-Chaffre du Monastier, bénéficiaire (par le biais de Chamalières) d’une donation au siècle précédent ? En 1167, La Chaise-Dieu se trouve dans une période de prospérité, Le Monastier-Saint-Chaffre voit son rayonnement s'atténuer et le rythme de ses acquisitions se ralentir nettement après l'abbatiat de Guillaume IV, vers le milieu du XIIe siècle. Pierre de Solignac voulut certainement apporter "sa pierre" à l'édifice casadéen plutôt que de confier les deux églises de Saint-Etienne-Lardeyrol et Saint-Pal-de-Mons à une abbaye vieillissante.

            Rôle et fonctions des prieurs

            Afin de desservir le nouveau prieuré, d'exploiter ses terres et de percevoir les revenus qui les accompagnaient, l'abbé de la Chaise-Dieu nomme un ou plusieurs moines, dont le prieur. L’abbé perdra ce droit en 1769. D’après les statuts de l'abbaye rédigés le 5 février 1303[10], l'abbé doit choisir des prieurs issus uniquement du clergé régulier, mais ceci ne sera plus le cas dès 1628, où un chanoine de la cathédrale du Puy est prieur.

            L'abbé possède le droit de les révoquer en les rappelant à La Chaise-Dieu.

            Le prieuré est censé être une sorte d’ermitage. Le système des prieurés permit de maintenir pendant longtemps les deux traits caractéristiques casadéens au sein de la règle bénédictine : "solitude" à plusieurs dans les prieurés, et rigueur pouvant être observée au sein d'un monastère peuplé. Pierre-Roger Gaussin, en reprenant Dom Dubois, définit ces monastères comme des lieux permettant "une détente physique et morale en éloignant du cadre habituel de ses préoccupations, en favorisant un approfondissement de la vie spirituelle par le contact de la belle nature et une méditation calme". Ces caractéristiques sont rassemblées à Saint-Etienne-Lardeyrol, situé à plus de cinquante kilomètres de La Chaise-Dieu, à l'écart des cités. De plus, lors de la constitution du prieuré il n'existe à proximité que celui de Saint-Pierre-Eynac fondé en 1071 ; celui de Saint-Julien-Chapteuil ne nous est connu qu'à partir de 1220, et celui de Saint-Hostien de 1325. Situation favorable pour la vie isolée d’une petite communauté. Mais en fait aucun texte n’évoque la présence à Saint-Etienne-Lardeyrol de plusieurs moines vivant ensemble, que cette situation ait cessé de bonne heure ou qu’elle n’ait jamais existé. Dès le XIVe siècle en tout cas, nous ne rencontrons qu’un seul casadéen dans les lieux, le prieur.

            Le prieuré de Saint-Etienne est un prieuré-cure, c'est à dire que son titulaire réside sur place et peut célébrer le culte avec la permission de l'évêque, malgré l’existence d’un curé. Lorsqu'il ne prend pas part à l'office en tant que desservant, il occupe une place d'honneur dans l'église lors des offices et des cérémonies. Le prieur est donc prêtre. Dans un acte du 4 juin 1329, l'évêque du Puy, Pierre Gogueil, suspend de leurs fonctions un certain nombre de prêtres, dont Laurent des Chazaux (Chazes), à ce moment là prieur de Saint-Etienne[11]. D’après les notes du chanoine Mercier, en 1592, Jean Charentus est considéré lui aussi comme prêtre-prieur, de même que Paul-Henri Train est dit curé primitif de la paroisse en 1721.

            Le prêtre-prieur a des droits et des devoirs vis à vis de la paroisse qu'il peut à l'occasion desservir, ainsi que vis à vis des curés qu'il nomme à leurs fonctions. Ce représentant de l'abbaye-mère doit rendre compte de l'administration du temporel à ses supérieurs : acquisition de biens, perception des doits et autres taxes… Dom Jacques Dubois nous dit que "l'extension des domaines [des abbayes] exigeait une surveillance efficace"[12]. Il a pour mission de protéger et de défendre les intérêts de la communauté casadéenne en réglant à l'amiable ou devant les tribunaux, les non-paiements de droits, les tentatives d'extorsion ou d'appropriation par quiconque des biens du prieuré. Ainsi, les hommes de Combriol qui allait faire paître leurs troupeaux dans les prés du prieur sont déboutés par une sentence du bailliage royal du Velay le 17 juillet 1354[13]. Tous les prieurés casadéens sont les centres de l'administration du temporel, source de bénéfices et de revenus qui contribuent à la subsistance de l'abbaye-mère.

            Le titulaire peut posséder également un droit de justice sur les biens qu'il administre. Uni à la mense abbatiale, il le détient directement de l'abbé de la Chaise-Dieu, auquel il doit en contre-partie une procuration[14]. Le prieuré est situé dans le mandement du château de Lardeyrol dans lequel le seigneur possède évidemment des droits et des pouvoirs. Quels étaient les degrés de justice du prieur et du seigneur? Peu après l'arrivée des moines casadéens, nous apprenons qu'en 1209, Pierre de Glavenas, seigneur du lieu transigeait avec le syndic du chapitre du Puy, ce dernier se réservant les causes civiles, le droit de chasse et d'escogossage (punition d'adultère), et le seigneur la haute justice. Il la garda jusqu'en 1352, date à laquelle Astorge de Glavenas, à court d'argent, la vend à l'évêque. Celui-ci plus tard la remettra au chapitre qui la transmettra à l'Hôpital-général[15]. Même s'il ne possède plus la haute justice, le seigneur a encore des pouvoirs judiciaires qui lui permettent d'assurer l'ordre sur ses terres, et les conservera jusqu'à la Révolution. Ainsi, après avoir hommagé pour sa juridiction et toutes ses appartenances dans son mandement, il règlera au XVIIIe siècle un conflit entre le prieur de Saint-Hostien et les habitants du village[16]. Les droits du prieur devaient être beaucoup plus modestes, ce dernier devant se satisfaire de défendre ses biens et ses droits auprès du seigneur ou de son abbé. L'abbaye possédait bien une censive en 1531, mais on ne sait si des droits de justice allaient avec. Dans l'inventaire des archives de l'abbaye de la Chaise-Dieu rédigé au XVIIIe siècle et dans la partie réservée aux archives judiciaires du prieuré, il est mentionné qu'aucun titre n'a été retrouvé[17].

            Le pouillé du diocèse du Puy considère le prieuré de Saint-Etienne comme un bénéfice simple, c'est-à-dire un bénéfice sans juridiction, ni résidence, ni charge d'âmes pour son titulaire. Cette dénomination est impropre pour une période allant de la création jusqu'au XVIIe siècle, car nous avons vu ci-dessus que Saint-Etienne est tout le contraire d'un prieuré simple. Mais il est vrai, et nous le verrons plus loin, qu'à partir du XVIIe siècle le titulaire, ne résidant plus sur place, n'aura plus aucune charge d'âmes. Quant à sa juridiction, elle se sera réduite pratiquement à néant, l'importance des terres priorales et de leurs revenus ayant beaucoup diminué au cours des années.

            Le prieur nomme les desservants de la paroisse (on dit que la cure est à sa collation) : sur sa présentation, le futur curé obtient son visa de prise de possession des mains de l'évêque. Dès 1428 Jean Martin, nouveau curé de Saint-Etienne-Lardeyrol, succède à feu Jean Chambon sur présentation de Pierre de Rochefort[18] ; en 1641, Jacques Philibert succède à Laurent Agullat, décédé, sur présentation de Vital Bernard[19]. En fait, cette pratique doit avoir eu lieu dès la création du prieuré pour se poursuivre tout au long des siècles suivants au rythme des successions, et durer jusqu'à la Révolution (nous mentionnerons Jean Privat, curé, nommé en 1461 sur présentation de Jean Myet, prieur[20] ; Jean Dussap nommé en 1480 et présenté par Léonard de Cluseil[21] ; Antoine Chaumelin nommé en 1591 sur présentation de Jean Charentus[22]).

            Le ravitaillement de l'abbaye

            Saint-Etienne-Lardeyrol est uni dès sa donation à la mense abbatiale, c'est-à-dire, que les revenus sont en partie perçus directement par l'abbé.

            La Chaise-Dieu se situe à mille mètres d'altitude sur une terre peu fertile. La seule céréale qui pousse sur ce haut-plateau est l'avoine qui sert à nourrir les chevaux. Or, la communauté monastique est nombreuse. Les prieurés vont donc venir à la rescousse de l'abbaye en lui expédiant, en plus des redevances en argent, et suivant les possibilités géographiques et climatiques de chacun, des redevances en nature : froment, vin, seigle, pois… Les zones de production étaient assez éclatées : le froment arrivait de la plaine de Limagne, le vin était envoyé du nord des Monts du Livradois, le seigle arrivait entre autre des Monts du Livradois, du Forez et du Velay.

            D'après la Pancarte ou Pouillé de la Chaise-Dieu[23], les prieurés vellaves de Saint-Julien-Chapteuil, Chomelix, La Chapelle-Bertin, Araules, Saint-Maurice-de-Lignon et Saint-Etienne-Lardeyrol lui expédient du seigle. Pour ce dernier prieuré, le pouillé nous précise que "le prieur de Saint-Etienne-Lardeyrol doit au seigneur abbé seigle six setiers, mesure de la Chaise-Dieu, payables aud. prieuré, et faire la dépense de ceux qui les vont quérir (…)"[24].

            La Chaise-Dieu a une “route du seigle” : les redevances dues par Saint-Etienne-Lardeyrol sont collectées après celles d'Araules et de Saint-Julien-Chapteuil, et dirigées vers la route des prieurés du Languedoc qui remonte en direction du nord, vers Chomelix et l'abbaye[25].

            Cette taxe est prélevée sur la dîme que perçoit le prieur sur l'ensemble des habitants de la paroisse de Saint-Etienne-Lardeyrol. Ainsi, le 12 mai 1531, les habitants de Fougères confirment la transaction passée par leurs prédécesseurs, le 23 août 1300, en vertu de laquelle ils s'engagent à payer à Pierre Pradel, prieur, une redevance annuelle de 1 setier de froment, 1 setier de seigle, 1 setier d'avoine et 10 sous en argent pour le montant de leur dîme[26]. De même, le 19 juin 1594 les habitants d'Ebde[27] et de Céaux confirment la transaction passée le 9 juin 1571, dans laquelle ils reconnaissent devoir annuellement pour la dîme de la gerbe 23 cartonnées de seigle et 5 de froment payables au lieu de Céaux à chaque fête de saint Michel[28]. Enfin, dans les archives de la famille de Veyrac[29], seigneur de Lardeyrol, et parmi de nombreux plans de terroirs de Saint-Etienne, se trouve la carte des articles du terroir des Ouches (Las Ouchas)[30] datée de 1669, dans lequel le prieur perçoit sur quatre champs, 4 cartonnades et demie de seigle comme cens, ainsi que 6 boisseaux de froment pour la dîme.

            Les dîmes du prieuré ont été affermées en partie dès le début du XIVe siècle, ou peut-être bien avant, à un fermier qui, après avoir gardé une partie des redevances perçues, redonnait la différence au prieur : dans un registre de minutes de Jean de Peyre conservé dans les archives de l'évêché du Puy et par un acte du 11 septembre 1321, Jean et François Legantier, du Puy, baillent à cens à Pierre Guinand, de Riou[31], et à son fils les dîmes perçues par le prieuré de Saint-Etienne-Lardeyrol moyennant une rente annuelle de 22 setier de blé[32]. Ce système d'afferme n'est pas rare au Moyen Age, et l'abbaye de La Chaise-Dieu, l'a pratiqué maintes fois dans les diocèses de Clermont et de Saint-Flour.

            Cette afferme ne concerne pas uniquement les dîmes, mais aussi l'ensemble du domaine prioral dont l'exploitation est déléguée à un fermier. En 1632, Gabriel Pradier, chanoine de la cathédrale Notre-Dame du Puy[33], est le fermier des revenus du bénéfice. Lui-même ou un homonyme l'est encore en 1696, où il est désigné comme le "rentier secret" du prieur Louis de Boissieux. En 1775, dom André Labat, prieur-mage de La Chaise-Dieu, avec l'accord de la communauté des moines de l'abbaye qui avait la procuration du prieur Jean Menut, accepte l'offre de reprise de l'afferme faite par Michel Morin[34], fermier de ces terres depuis le 12 juillet 1766[35]. Ce dernier propose d'en donner 330 livres par an, quittes de toutes charges et même des décimes, ainsi que 240 livres de pot de vin.

            Impositions, taxes et revenus

            Les 6 setiers de seigle, dus annuellement à l'abbé de la Chaise-Dieu, en fait se sont réduits à 3 avant le 5 juin 1548. A cette date le cardinal de Tournon, abbé commendataire, se défait de cette redevance et cède aux religieux de l’abbaye toutes les pensions de seigle qu'il perçoit sur des prieurés, dont, dans le diocèse du Puy, Saint-Julien-Chapteuil (10 setiers), Saint-Maurice-de-Lignon (5 s.), Araules (5 s.) et Saint-Etienne-Lardeyrol (3 s.). En échange il est libéré de l'obligation de servir diverses procurations de pain et de vin[36]. Quelques années plus tard, le 16 mai 1644, les religieux cèdent en viager à dom Hugues de Chamouroux, hôtelier-mage, tous les cens, rentes, dîmes et autres droits qu'ils ont sur le prieuré de Saint-Robert du Puy, ainsi que toutes les pensions en grains qui leurs sont dûes par les prieurés d'Araules, de Saint-Julien-Chapteuil et de Saint-Etienne-Lardeyrol, moyennant quoi ils demeurent quittes de la pension monacale dûe à l'hôtelier[37].

            Ce sont des raisons financières qui ont poussé l'abbé à mettre fin à une situation vieille de près de quatre siècles, en se dessaisissant d'une partie de ses sources de profit. En 1548, les revenus des prieurés avaient tant baissé qu'ils ne lui permettaient plus d'assurer ses profits et les diverses procurations qu'il devait aux religieux. Il en sera de même pour ces derniers en 1644. Pourtant, en se défaisant d'une partie de ses redevances, l'abbé perd le contrôle financier ainsi qu'une partie du pouvoir qu'il possédait sur ces succursales. L'abbé perd définitivement toute forme de tutelle financière sur ses dépendances lorsqu'en 1694, les religieux lui contestent les droits qu'il conserve encore sur d'autres établissements. Ils soutiendront un procès devant le Conseil d'Etat contre l'abbé commendataire La Rochefoucauld, relativement au partage des biens et revenus de l'abbaye. Ce dernier transigera le 23 mars 1694[38] avec les religieux représentés par dom Paul La Caze, et baillera "à titre de ferme audit Religieux, prieur et convent de laditte abbaye […] tous les fruits, proffits, revenus et esmoluments du temporel de sa manse abbatialle consistant en son hostel abbatial, terres, domaines, seigneuries, bois, vignes, revenus, droits de pesches, dixmes, moulins, champarts, cens, rentes, foyers, garennes, halles, péages, fours et pressoirs banaux, lots et ventes, quints et requints […], les prestations deues annuellement par les prieurés dependant de laditte abbaye[…]. En contrepartie, l'abbé touchera 18.000 livres de rente annuelle.

            En plus de la dîme payée en céréales, le prieur doit une taxe au sacristain de l'abbaye, ainsi que la décime qui est versée au diocèse du Puy.

            Le sacristain, un des sept officiers claustraux[39], doit entretenir l'église abbatiale, assurer la fourniture des luminaires, des nappes, des ornements liturgiques, des calices et des missels. Il doit aussi s'occuper de l'entretien et des réparations des cloches et des clochers, ainsi que des vitraux brisés[40]. Toutes ces charges reposent sur les rentes de six ou huit sous que les prieurés casadéens lui doivent annuellement. Le prieuré de Saint-Etienne doit payer "au sieur sacristain VI s."[41].

            Le troisième impôt payé par le prieuré était la décime. Cette redevance n'a aucun lien avec La Chaise-Dieu. Il s'agit d'une perception directe d'argent effectuée au départ par les papes d'Avignon pour organiser une croisade ou des expéditions militaires en Italie, puis pour participer aux dépenses royales. Dans le cas de Saint-Etienne, elle est perçue par le diocèse du Puy. Dans une reproduction dactylographiée du compte des décimes et procurations du diocèse du Puy dues par les bénéficiers, en 1383[42] le prieuré doit 15 s. Nous ne savons pas si au cours des années postérieures à 1383 cette redevance reste la même ou diminue. Comme tout impôt, sa perception devait être ponctuelle et réalisée dans les délais, sinon l'évêque pouvait prendre des mesures fermes pour la faire rentrer dans les caisses du clergé. En 1329, Laurent des Chazes, prieur de Saint-Etienne, paya avec retard, ce qui entraîna tout d'abord sa relève de fonction, puis son absolution par l'évêché[43].

            L'ensemble des revenus du prieuré est constitué des droits dus au prieur ainsi que de l'afferme prélevée sur ses terres. Le détail de ces revenus nous est mal connu avant 1641, date de la rédaction du Pouillé général du diocèse de Bourges et des diocèses qui en dépendaient.[44] Même si, d'après Ch. Rocher[45], il faut lire ce document avec une certaine réserve, il est mentionné que le prieur bénéficie au début du XVIIe siècle de 1200 livres de revenu annuel, ce qui représente beaucoup vis-à-vis d'autres établissements bénédictins tels que Chomelix ou Sembadel (600 livres chacun) ou bien encore Saint-Pierre-Eynac (900 livres), mais ce qui est moins que des prieurés de taille similaire tels que Saint-Hostien (1500 livres). Or, en 1641, nous pouvons considérer que les revenus du prieur ont déjà nettement diminué en comparaison de ceux des siècles précédents. Lors de la rédaction du Pancarte de La Chaise-Dieu (XIVe-XVe s.), le titulaire devait 6 setiers de seigle à l'abbé. En 1548 ce dernier ne perçoit plus que la moitié de cette somme, soit 3 setiers. Ainsi le prieur devait percevoir avant le XVIe siècle davantage que les 1200 livres annuelles touchées en 1641.

            Biens pécuniaires honorables, car dans l'archiprêtré de Monistrol la moyenne des revenus prioraux se situe en 1641 aux environs de 1150 livres.

           Il en est tout autrement lorsque l'on compare ces 1200 livres de revenus de 1641, aux 43 livres et 14 sols de 1727[46]. A cette date, le prieuré fait parti des établissements vellaves possédant le plus petit revenu, le prieuré de Saint-Pierre-Eynac possède encore un solde de 230 livres, celui de Saint-Hostien 723 livres.

            Les chiffres des revenus de 1641 et de 1727 sont-ils des chiffres nets d'impôts, ou bien doivent-ils être diminués des taxes et autre argent dus par le prieur? Y a-t'il eu des ventes massives des biens du prieuré entraînant une perte importante des revenus ? Rien ne permet de le dire.

            Il se peut que le pouillé du diocèse du Puy n'ait pris en compte qu'une partie des revenus du prieuré pour établir ses chiffres de 1727, car en 1739, les terres de l'établissement étaient affermées pour 625 £ annuelles moins 300 £ de portion congrue, soit un revenu net de 325 £[47]. Cette afferme sera reconduite en 1775 pour 330 £ nettes, soit un salaire huit fois supérieur à ce que nous indique le pouillé. Cet exemple n'est pas le seul, il en est de même pour le prieuré de Saint-Julien-Chapteuil auquel ce dernier indique 539 £ de revenu, alors que les affermes de 1760 et de 1770 donnent un net de 800 £.

            Quoi qu'il en soit, ces revenus sont à l'image du sort de cet établissement régulier casadéen : dans une période favorable, antérieure au XVIe siècle, on a vu ses revenus subvenir à la fois aux perceptions effectuées par La Chaise-Dieu et aux besoins de son titulaire ; puis c’est la chute. L’abbé puis les religieux se dessaisissent tour à tour de la perception ; le titulaire du bénéfice, après avoir réglé toutes les impositions et taxes, voit au fil des ans son salaire diminuer à vue d'œil, passant de 1200 livres en 1641 à 300 livres au milieu du XVIIIè s.

            A la fin de l'Ancien Régime, les revenus du prieuré étaient tirés des quelques terres lui appartenant encore. Nous avons trace de ces biens grâce à la liève des “bénéfices non unis” [à la mense abbatiale] dépendant de l'abbaye de la Chaise-Dieu dressée en 1776[48]. A cette date le temporel de Saint-Etienne ne représente plus que cinq parcelles réparties comme suit avec leur contenance :

            A - pré du prieuré à faire[49]                                                                  6 barrots

            B - pré Claux situé près le village du Mont à faire        12 barrots

            C - un champ                                                                                     3 cartonnées

            D - un champ (grand champ)                                                              15 cartonnées

            E - un bois taillis et un champ contigü :

                                                                       - bois                                      40 cartonnées

                                                                       - champ                                   12 cartonnées

 

            A la Révolution, ces terres seront confisquées puis vendues comme biens nationaux. Le 24 septembre 1791, trois personnes se porteront acquéreurs. Lacolombe fils rachètera pour 200 £ le bois et le champ contigü ainsi qu'un pré pour 1350 £, François Parat s'intéressera au grand champ pour 885 £, et Jacques Deshors acquerra le pré Claux pour 2800 £[50].

 

            Les prieurs

 

            De 1167, date de donation à l'abbaye de la Chaise-Dieu, ou plutôt des environs de 1300 où les renseignements sont plus nombreux, jusqu'en 1789, année où l'on suspend l'émission des vœux monastiques (28 octobre) et où l'on met les biens des ecclésiastiques à la disposition de la Nation (2 novembre), nous avons retrouvé 24 noms de prieurs.

            Dans un document daté du 23 août 1300[51] l'on rencontre le nom de Pierre Pradel, premier moine à être mentionné. Nous le retrouvons une seconde fois dans les notes de dépouillement des archives paroissiales de Saint-Etienne-Lardeyrol prises par l'abbé Mercier[52], le 30 septembre 1343. Jusqu’en 1480, en postulant des ministères de 20 à 40 années, nous pouvons avoir retrouvé trace de tous les prieurs (cf. tableau). Le début du XVIe siècle ne nous donne que peu d'indications. Par contre, à partir du milieu de ce même siècle et jusqu'à la Révolution, nous pensons avoir retrouvé la chronologie des titulaires, du fait du nombre plus important de documents conservés.

            Les prieurs n'ont pas eu une "activité débordante" attestée par les textes. Ceci vient de la petitesse du bénéfice et de ses dépendances, combiné avec un absentéisme notable à partir du XVIIe siècle. Certains titulaires nous sont connus lors de leur prise de possession (1574 : Pierre Farnier ; 1609 : Anthoine de Vertolaye[53] ; 1664 : Anthoine Queyton[54] ; 1761 : Jacques Gire[55] ; 1769 : Jean Menut[56]). Le chanoine Mercier a relevé dans les archives de la cure de Saint-Etienne, qu'Antoine de Vertolaye, entré le 31 novembre 1609, est le fils ainé de feu Antoine de Vertolaye, seigneur d'Ebde[57]. Or, d'après les différents nobiliaires du Velay, Anthoine de Vertolaye père a bien existé au XVIe siècle, et il a eu quatre enfants d'un second mariage avec Blanche de Guillaumanche (1588) : Magdeleine, Godefroy, Marie et Jacques[58], mais il ne mentionne pas Antoine. Ainsi, Antoine de Vertolaye fils est-il né d'un précédent mariage avec Madeleine de Marcenat (22 juin 1564), ou bien a été simplement oublié dans les généalogies de cette famille.

            D'autres sont connus du fait de leur intervention dans la vie paroissiale (proposition de nomination, nomination des curés, présentation à l'évêque…) : 1427 : Pierre de Rochefort[59] ; 1461 : Jean Myet[60] ; 1480 : Léonard du Cluzel[61] ; 1591 : Jean Charentus[62]. Gabriel Brun[63] assiste en 1769 à la visite pastorale effectuée en l'église de Saint-Etienne par l'évêque du Puy, Mgr Armand de Béthune.

            D'autres prieurs apparaissent à la lecture de titres de perceptions de revenus ou de dénombrement de biens (1300 : Pierre Pradel; 1366 : Etienne de Charmensac[64] ; 1448 : Mathieu de La Prade[65] ; 1571 : Gabriel Rochier[66] ; 1692 : Antoine Destaing[67]), d'autres encore du fait de leur résignation ou de leur décès (1664 : Claude Bernard[68] ; 1769 : Paul-Henri Train[69]). Certains ne nous sont connus que par l'intermédiaire des notes du chanoine Mercier qui mentionne sans autre précision les noms des prieurs avec leurs dates d'apparition dans les archives de la cure (1603 : Jacques Parat[70] ; 1694 : Brunt[71] ; 1696 : Louis de Boissieux[72]). Nous ne savons pas si ce dernier est membre de la famille Bayle de Boissieux, seigneur de Boissieux, domaine situé près de La Chapelle-Geneste en Auvergne, car les nobiliaires ne nous donnent que peu de précisions.

            Certains prieurs ont laissé plus de renseignements sur leur activité, ou ont exercé conjointement d’autres fonctions ecclésiastiques.

            Le premier moine que nous rencontrons est Laurent des Chazes, mentionné entre 1324 et 1329[73], qui est relevé, puis réintégré par le chancelier de la cour de l'évêché sur ordre de l'évêque, pour avoir payé la décime avec retard. Il possède une certaine fortune personnelle, puisqu'il se permet de prêter en 1324, une somme de 22 £ tournoi à François Legantier[74] , bourgeois du Puy.

            Le second est Jean Juvénis, prieur en 1380[75], qui est présent lors de la reconnaissance de fiefs faite par Bertrand de La Faye, seigneur de Meyras (Vivarais) et d'Auteyrac (Velay), à l'abbé de La Chaise-Dieu pour toutes les terres qu'il possède à Saint-Christophe d'Allier et à Landos.

            Le troisième, et le plus connu des prieurs de Saint-Etienne, est Vital Bernard, mentionné entre 1628[76] et 1647[77]. Issu d'une branche cadette de la famille Bernard de Vertaure, seigneurs de Jalavoux, il est le fils de Pierre Bernard, avocat au parlement[78]. Mentionné comme appartenant au chapitre cathédral de Notre-Dame du Puy en 1620, il a dû bénéficier de protections pour obtenir un bénéfice appartenant à l'abbaye bénédictine de La Chaise-Dieu. Il s'intéresse à la littérature et magnifie, par un poème inséré dans Le discours historique de Oddo de Gissey, les beautés de la ville du Puy et les gloires de son église. En 1630, il fait paraître à Paris, chez Jacques Quesnel, une première édition de son livre Miroir des Chanoines, dédiée à Just de Serres, évêque du Puy, dans laquelle il aborde tous les aspects de la fonction de chanoine. En 1647, il en fait paraître une seconde édition considérablement augmentée, puis une troisième, sous le titre Le Chanoine, toutes deux dédiées à Mgr de Maupas, lui aussi évêque du Puy. Cet ouvrage valut à Vital Bernard une "réputation justifiée par les connaissances solides que l'on peut y rencontrer, et le style à la fois grave et facile qui distingue cette œuvre". Issu d'une famille riche, il prête en 1628, une somme de 200 £ aux chanoines de l'église collégiale de Saint-Agrève du Puy pour le remboursement de diverses créances[79]. Il a prêté aussi en 1636, 600 £ à la Vicomté de Polignac[80]. Enfin, dans son testament il cède à l'Hôtel-Dieu une maison qu'il possède au Puy, rue de la Rochette, pour recevoir les pèlerins qui passent par cette ville[81]. Le 15 novembre 1620, Vital Bernard paraît sur la scène politique en suppléant le prieur du Bouchet-Saint-Nicolas, seigneur de cette baronnie et titulaire d'un siège aux Etats de Velay, comme représentant du clergé lors d'une assemblée de ces Etats, où l'on réclamait la nomination de Gaspard-Armand XVIII, vicomte de Polignac, aux fonctions de gouverneur de la ville du Puy, en remplacement de René de Hautefort, démissionnaire[82].

            Certains documents, nous donnent en même temps deux, voire trois prieurs. Pierre Pradel officie entre 1300 et 1343, alors que Laurent des Chazes est prieur entre 1324-1329. Les lacunes des archives nous permettent deux hypothèses : erreur, de lecture ou de dénomination, ou bien absence de Pierre Pradel au cours des années 1324-1329, l'obligeant à laisser sa place au second moine qui était Laurent des Chazes, avant de redevenir plus tard prieur du lieu.

            Le second cas est plus complexe car cette fois trois prieurs sont mentionnés au cours des années 1761-1769 : Paul-Henri Train (1721-1769), Jacques Gire (1761) et dom Belet (1766). Ce dernier nous est peu connu, uniquement signalé dans les notes que le chanoine Mercier a pris lors du dépouillement des archives paroissiales de Saint-Etienne-Lardeyrol. Mais, à la différence de dom Gire, nous ne possédons aucune trace de sa nomination ni de son passage à la tête du prieuré. En fait, dans ce cas de chevauchement de titulaires, et à la lumière des textes, nous ne sommes sûrs que d'une seule chose : Jacques Gire est nommé titulaire du bénéfice le 10 avril 1761, alors que Paul-Henri Train résigne le 18 septembre 1769 en faveur de Jean Menut, dernier prieur du lieu.

Paul-Henri Train, titulaire du bénéfice au cours de plus de quarante années[83], résigne en 1769. A la lecture des documents, deux prieurs sont nommés à quelques années d'intervalle pour lui succéder : Jacques Gire en 1761, et Jean Menut en 1769. D'après le 299e feuillet du registre des insinuations ecclésiastiques du diocèse du Puy[84], nous apprenons que Jacques Gire, prêtre de la ville du Puy et vicaire de la paroisse de Saint-Fortunat-du-Monastier, a été "canoniquement pourveü du prieuré de Saint-Etienne de Lardeyrol (…(…) comme il paroit des provisions a luy expediees en cour de Rome le 14 janvier dernier (…)", et a été mis en possession du prieuré le 7 avril 1761, "par le décès de dom Paul-Henri Threm (Train)", dernier et paisible possesseur dud. prieuré"

            Ainsi, Jacques Gire succède à Paul-Henri Train, décédé, le 7 avril 1761.

            Mais dans les archives du prieuré[85], il est conservée la supplique de résignation de dom Paul-Henri Train. Celle-ci, adressée au Pape, est datée du 18 août 1769 : "fut present le reverend pere Dom Paul-Henry Train, prestre religieux profes de l'ordre de Saint Benoist congrégation de Saint Maur, prieur titulaire du prieuré simple et régulier de Saint-Etienne de Larderolle (…) actuellement malade de corps (…) saint toutes fois de l'esprit et de jugement, memoire et entendement (…) a volontairement fait et constitué son procureur general et spécial (…) auquel il donne pouvoir de luy et en son nom, résigner et remettre entre les mains de notre Saint-pere le pape (…) ledit prieure de Saint-Etienne de Larderolle dont il est titulaire et paisible pocesseur, et ensemble tous les fruitz (…) et ce, en faveur toutes fois de dom Jean Menut, prestre religieux profes dudit ordre de Saint Benoist (…)".

            Donc, d'une part Paul-Henri Train, malade, n'est pas mort à la date du 18 août 1769 car il est toujours prieur de Saint-Etienne-Lardeyrol, et d'autre part, il résigne en faveur de Jean Menut, qui prend possession du prieuré le 7 avril 1770[86].

            Nous pouvons tirer des conclusions contradictoires, tout d'abord sur la date de décès de dom Train qui ne peut être antérieure au 18 août 1769, puisqu'il dicte lui-même sa lettre de résignation. Ensuite, en ce qui concerne son successeur, il ne peut s'agir évidemment que de l'un ou de l'autre, car nous ne retrouvons pas trace de procès entre les deux prétendants nommés par le pape.

            Les quarante ans d’exercice de dom Train ont-ils connu des éclipses ? Jacques Gire a pu succéder à dom Train sur une courte période (quelques mois) pour une raison indéterminée, mais pas à la mort de ce dernier. Puis, pour une raison quelconque (décès, appel à d'autres fonctions…), Jacques Gire a laissé son bénéfice en 1761 au profit de dom Train, qui l'a repris jusqu'à sa résignation en 1769.

            Jean Menut est bel et bien le dernier titulaire du bénéfice. Entre la date de résignation de dom Train (18 août 1769), et la prise de possession du prieuré par dom Menut (7 avril 1770), près de huit mois se sont écoulés. Au cours de ce laps de temps, un va-et-vient "administratif" incessant s'est opéré entre les diocèses de Rouen dont dépendait Notre-Dame de Brionne, lieu de résidence de dom Train, et le diocèse du Puy, la papauté et l'administration royale afin que dom Menut obtienne toutes les autorisations nécessaires à son installation. Le paragraphe suivant, que le lecteur pressé peut sauter, détaillera cette procédure. Quelques enseignements en découlent.

 

            La nomination d'un prieur au XVIIIe siècle

            Interviennent l'abbaye de la Chaise-Dieu, maison de tutelle du prieuré, la sénéchaussée du Puy-en-Velay[87], siège administratif dans lequel est situé le bénéfice, et le diocèse du Puy. Dom Train, malade, adresse au pape le 18 août 1769 une supplique de résignation[88] dans laquelle il lui remet le prieuré, les terres et revenus qui en dépendent. Or depuis l'édit royal de novembre 1719[89], tout titulaire de bénéfice peut résigner en faveur de personne capable, sans le consentement de ses supérieurs. De ce fait, dom Train transmet par résignation le prieuré en faveur de dom Jean Menut, moine qu'il connaît personnellement ou de réputation, et qui demeure en l'abbaye Saint-Augustin de Limoges.

            Dom Train demeure à Notre-Dame de Brionne, prieuré bénédictin situé dans le diocèse de Rouen (aujourd'hui celui d'Evreux). Sa supplique est donc d'abord enregistrée au greffe des insinuations du diocèse de Rouen avant d'être transmise au Parlement du Roi, où un conseiller expéditionnaire de Cour de Rome la transmet à cette cour le 27 octobre 1769.

            Dom Menut ayant obtenu les lettres d'attache de cette dernière qui le pourvoyaient du prieuré, il saisit le parlement afin d'obtenir les autorisations nécessaires à son installation, qui sont ensuite transmises au parlement provincial de Languedoc. Ce dernier enregistre les lettres patentes s'"il n'y ait rien de contraire aux s[ain]ts décrets et concordats passés entre le s[ain]t siège et notre Royaume, ny de dérogeant à nos droites, aux franchises libertés de l'église Gallicane" dans le comportement et la pensée de dom Menut. Comme tel est le cas, le parlement de Toulouse enregistre les lettres patentes afin que celui-ci puisse jouir des biens dont il a hérité. Cet arrêt constitue la prise de possession officielle du prieuré par son nouveau titulaire.

            Dom Menut est donc "administrativement" devenu le nouveau prieur de Saint-Etienne-Lardeyrol, mais il ne connaît en rien ni ses nouveaux biens, ni les paroissiens. Pour se faire, il doit se rendre dans la paroisse vellave afin d’entrer "en la vraye, reelle et corporelle pocession dud[it] priore de Saint-Estienne de Larderolle, ses appartenances et dependances".

            Il se présente le 7 avril 1770 devant le conseiller du roi, notaire apostolique de la ville du Puy, afin qu'on lui remette ses biens en mains propres. A Saint-Etienne, il est mis en possession d'une manière très solennelle : "(…) et avons offert de nous transporter tout prezentement avec led[it] dom Manut aud[it] lieu de Saint Estienne de Larderolle, en estant assisté de dom Jean Silvain Chauchin, célarier de l'abbaye royale de la Chaize-Dieu, avons mis en la vraye, reelle et corporelle pocession dud[it] priore de Saint Estienne de Larderolle, ses appartenances et dependances, led[it] dom Jean Manut, en la maniere suivante : premierement sommes entrés en l'eglise parroissiale de Saint Estienne de Larderoll, led[it] dom Silvain Chauchin a donné de l'eau benite aud[it] dom Manut, ont fait leurs prieres a genoux devant le grand autel, l'a conduit a la place accoutumee et qui doit estre prize par led[it]prieur fait toucher le missel et observer les autres formalites en tel cas requizes ; les cloches sonnantes pour que personne ne l'ignore, a laquelle prize de pocession par nous no[taire] lue a haute et yntelligible voix personne ne s'estant appoze, led[it] dom Jean Manut nous a requis de luy en retenir et octroyer acte pour luy servir et valoir en ce que de raison ce quy a este fait et recitté aud[it] lieu de Saint Estienne de Larderolle et au devant de la porte principalle de lad[ite] eglize parroissiale (…)". Parmi les nombreux témoins, le célarier de La Chaise-Dieu, officier claustral représentant le pouvoir de l'abbaye-mère, qui remet son bénéfice au nouveau prieur, le curé de la paroisse et son vicaire, qui représentent la communauté et l'assemblée des fidèles, Mathieu Ponghere, commissaire-terrier, qui vient présenter les différentes possessions.

            Les bénéfices doivent être déclarés auprès de la sénéchaussée ainsi qu'au greffe de l'officialité du diocèse. Dom Menut étant reparti, c’est dom Etienne Perrot, fondé de procuration résidant au collège royal de Thoissey (diocèse de Lyon), qui comparait devant Louis Delaval, lieutenant-général au sénéchal du Puy-en-Velay, afin de décliner que "les biens et revenus et droits de sond[it] benefice sont situes dans la parr[oisse] de larderol consistant en fonds, champs, dimes, cens, et rentes seigneurialles", et de dire leur revenu.

            Menut n’a donc été vu qu’à sa prise de possession. Pour tout le reste un moine plus proche lui sert de procureur. Ce prieur étranger n'assure évidemment plus les fonctions monastiques qui lui incombaient.

 

            La non-résidence

            Jusqu'au XVIIe siècle, les prieurs de Saint-Etienne ne sont titulaires que de ce bénéfice, sans cumul. Puis ces moines ne vont plus résider sur place mais "à proximité" du prieuré, dans le diocèse du Puy, et cela suivant leurs obligations : Vital Bernard est chanoine de la cathédrale avant de devenir prieur de Saint-Etienne (1628), et il réside au Puy ; de même Antoine Queyton, prêtre et curé de Saint-Gilles de Chamalières-sur-Loire[90], préfère rester dans sa paroisse pour être près de ses fidèles. Antoine Destaing, successeur de ce dernier et homonyme de la famille d'Estaing, comte et marquis de Murols, n'habite même plus le diocèse du Puy mais celui de Saint-Flour, et plus précisément le château de Murat. Un seul bénéfice ne pouvant subvenir à ses besoins, il cumule les chapellenies de Saint-André dans l'église Saint-Pierre de Maurs[91], et de Faulat à Saint-Martin-de-Marcolès[92].

            A partir de ce moment précis, le titre de prieur est purement honorifique et lucratif.

            La réforme par la congrégation bénédictine de Saint-Maur doit unir les ordres monastiques pour les tirer de la ruine. Elle est approuvée par la royauté en 1618, mais contestée par de nombreux religieux. La Chaise-Dieu adhère le 30 avril 1640. De notre point de vue, elle ne portera pas remède au problème de la non-résidence. Un des principes mauristes est que la stabilité des religieux ne s'exerce plus au niveau d'une abbaye, mais au niveau de la congrégation toute entière. Ainsi, les mouvements des moines entre les différents établissements vont se faire plus nombreux dans l'intérêt général de la communauté. Ce transfert incessant des membres entre chaque maison nuit à la continuité d'une fonction telle que le priorat. Les titulaires de prieurés ruraux s’éloignent sans scrupule de leur bénéfice, délégant leurs pouvoirs à d'autres moines résidant plus près de celui-ci. Cela n'empêcha pourtant pas le prieur Brun d'être présent dans la paroisse lors de la visite pastorale de Mgr de Béthune en 1732. Mais les deux derniers prieurs de Saint-Etienne, dom Paul-Henri Train et dom Jean Menut, habitent tous deux à des centaines de kilomètres du Velay. Dom Train dicte sa lettre de résignation (1769) en l'abbaye bénédictine du Bec-Hellouin[93] qui est située dans le diocèse de Rouen. Quant à Jean Menut, lorsque son prédécesseur résigne en sa faveur, il réside en l'abbaye Saint-Augustin de Limoges[94], puis, lors de la déclaration des bénéfices du prieuré[95] (1770), il est mentionné comme habitant le collège royal de Thoissey (Ain). Ensuite, grâce à deux attestations de changement de domicile (1773)[96], nous apprenons d'abord, qu'il est parti s'installer dans le diocèse de Périgueux, au monastère mauriste de Brantôme, puis qu'il fait élection de domicile en l'abbaye royale de Saint-Etienne-de-Bassac (diocèse de Saintes, aujourd'hui diocèse d'Angoulême).

            Ces quelques six siècles de vie priorale gardent maints aspects obscurs, mais l’évolution générale est apparente. Uni à la mense abbatiale à son intégration dans la congrégation, le prieuré, par ses titulaires, prêtres-prieurs, est devenu un des acteurs du rayonnement de l'abbaye de la Chaise-Dieu. Ses titulaires ont su participer à leur niveau à cet expansion. A la vitalité supposée avec vraisemblance pour les quatre premiers siècles qui ont suivi la donation de ce prieuré, nous pouvons opposer les deux derniers siècles d'Ancien Régime : cette période ne bénéficie qu'aux établissement religieux importants aux dépens des prieurés ruraux tel que celui-ci. C’est la décadence financière et l’absentéisme des titulaires, prélude au dépeçage révolutionnaire.

 

 B - La paroisse de Saint-Etienne Lardeyrol

 

Délimitations de la paroisse (Voir carte)  

            Un long parchemin du fonds d'archives de La Chaise-Dieu[97] relate l'enquête du 23 mars 1344 sur les limites de la paroisse de Saint-Etienne Lardeyrol, entreprise par ordre de Jean, évêque du Puy, par Jean Bonami, chanoine de Billom et chancelier épiscopal, commis pour recevoir les témoignages et fixer les limites.

            Par lettres datées du château d'Espaly le 18 août 1343, l'évêque enjoint de modifier s'il y a lieu la délimitation précédemment fixée au préjudice de ladite paroisse de Saint-Etienne, par Pierre Maloesc, prédécesseur dudit évêque. Le 30 septembre 1343, l'évêque enjoint au chapelain de Mercœur[98] de citer le procureur du prieur de Chamalières, les chapelains et curés de Rosières, Chaspinhac, Saint-Germain, Saint-Etienne Lardeyrol, Saint-Hostien, Le Pertuis et les paroissiens les plus anciens de ces paroisses à comparaître dans l'église de Saint-Etienne Lardeyrol.

            Lorsque toutes les parties présentes eurent déposé, le commissaire rendit son verdict le 10 octobre 1343 et fixa les limites paroissiales suivantes : «depuis la Chambe de Bos (calma de bauc) (1) en descendant droit à la grange "deus Martis" jusqu'à la limite de la Chaud de Rougeac (calma d'oys) (2) à la maison de Mathieu de La Chalm, puis du champ de "terrio" jusqu'à la maison de Mathieu en descendant droit comme l'eau descend par le ruisseau du bois de La Ramières (rameyra) (3) jusqu'au pied du bois, puis montant au mont dit de la Huche (loucha) (4), en traversant à la limite appelée "de cayreus" dans un lieu appelé "aladent" de la Lèche, descendant droit et allant par la source de la Lèche et le gué de Céaux (Ceus) (5) ou est le moulin de feu Mathieu du Moulin du côté de la paroisse de Saint-Etienne, puis montant tout droit à la fontaine de Céaux (6) et va vers le colombier de dom Bertrand d'Ebde (7), puis tout droit au lieu de "la strapeyras" puis en descendant par une voie qui descend vers une certaine ferme de Condros appelée ferme de "Liau", puis de cette ferme allant tout droit en montant vers le mont Malagarde (malagarda) (8)».

 

            En essayant de retracer cette délimitation sur une carte d'état-major au 1/25 000[99], nous avons pu constater que les lieux de bornage ou de passage des limites sont assez difficiles à repérer, certains ne peuvent être resitués ou ont disparu (bois de la ”Teneyra”, ”la strapeyras”) ; d'autre part, seule une partie de la paroisse est délimitée, les limites sud, sud-est et est ne sont pas concernées par ce différent. Ceci représente actuellement la limite communale située entre le suc de Garde, Montferrat, Ouspis et la Chambe de Bos.

            Dans un cahier des "notes pour les fondations de la paroisse" de Saint-Etienne Lardeyrol[100] fait à partir du livre des actes de fondations de 1552 à 1609[101], nous retrouvons une partie des paroissiens auteurs de fondations, classés par villages de résidence. Ainsi sont mentionnés les lieux de Chamblas, Condros, Chantre, Ebde et Céaux, La Coste, Pailhayre (Palhaires), Roulhac, Combriol, Saint-Etienne, Fougères, Meschot (lieu non identifié), Louspis (Ouspis), Le Mont, et Monferat (Montferrat). Ce qui complète la délimitation du XIVe siècle. Si l'on replace les villages de manière à faire une délimitation continue, nous obtenons la limite paroissiale suivante : Saint-Etienne, Le Mont[102], Roulhac, Ouspis, Palhaires, La Chambe de Bos, La Chaud de Rougeac, Ebde et Céaux, Condros, Chantres et Montferrat. Les lieux de Chamblas, La Coste, Fougères, Combriol se trouvent à l'intérieur «de ce cercle». Cette délimitation paroissiale se confond avec celle de la commune actuelle, hormis le village d'Ebde qui se situe sur la commune de Malrevers et quelques maisons des villages d'Ouspis et de La Chaud de Rougeac respectivement partagées avec les paroisses de Saint-Hostien et du Pertuis.

            L'église de Saint-Etienne n'est pas le seul lieu de culte sur le territoire paroissial puisqu'il existe dans les châteaux de Chamblas et d'Ebde des chapelles desservies par des prêtres. Le chanoine Mercier a noté pour la chapelle de Chamblas les suivants : Antoine Robert (1582), Jean Delolme, vicaire de la chapelle (1592), Jacques de Montchalm (ou Montchalin), lui aussi vicaire de la chapelle (1599), Antoine de Larochenégly (1692-1721)[103], et pour la chapelle de Céaux : Jean Besson (1571).

            Plus près de Saint-Etienne, la chapelle Saint-André du château de Lardeyrol est elle aussi desservie par un curé et son vicaire. S'git-il d'une ancienne paroisse aujourd'hui disparue? Peut-être bien, car deux bulles d'Alexandre III (1165) puis de Clément IV (1267) qualifient cette chapelle d’"église". De plus, en 1345, Philippe Bertrand en est qualifié de curé, et le testament d'Alaïs d'Usson y fait aussi référence[104].

            La disparition de la paroisse de Saint-André est peu claire, mais peut être plus tardive que ne le pense Jean Perrel. Ce dernier suppose que l'église a pu être démembrée et rattachée à la paroisse de Saint-Pierre-Eynac vers le début du XVe siècle, cependant en 1586, Antoine Chaumelin, curé de Saint-Etienne, signe le rôle des reliques conservées dans la chapelle du château comme étant le curé "de ladite chapele"[105]. La rédaction de ce document s'est effectuée le 15 août 1586, alors que quelques mois auparavant (le 17 avril), Jean Thévenard dit Alouson, curé de Lardeyrol, était inhumé. Il y a quelque ambiguïté dans le fait que l'on ne parle plus d'église mais de chapelle pour qualifier l'édifice alors que le desservant est bien appelé curé de Lardeyrol.

 

 

L'église : historique

            Comme nous l'avons vu plus haut, Saint-Etienne de Combriol est attestée pour la première fois à la fin du XIe siècle[106] dans le cartulaire de Chamalières. L'église figure parmi les dépendances de l'évêque du Puy dans une bulle du pape Alexandre III datée de 1164[107]. Quelques années plus tard, l'évêque fait don à l'abbaye de La Chaise-Dieu de Saint-Etienne-de-Lardeyrol.

            D’après la toponymie, l’édifice primitif a pu se situer dans le village de Combriol, à quelque distance du bourg actuel de Saint-Etienne. Effectivement, l’église s’appelle d’abord Saint-Etienne de Combriol, ce dernier terme, d’après Jean Arsac, désignant dans les noms en “saint” le lieu d’implantation[108]. Ainsi, un édifice religieux, peut-être une chapelle, aurait donné le nom initial de la paroisse que nous retrouvons dans les années 1021-1028 dans le n° 189 du cartulaire de Chamalières (parochia sancti Stephani de Combroilio). Dans l'acte de donation de l'église aux bénédictins de La Chaise-Dieu, elle s'intitule désormais Saint-Etienne-Lardeyrol (capella sancti Stephani de Lardeyrol). Ce changement peut signifier qu'entre le début du XIe siècle et l'année 1164, la "chapelle" de Combriol étant délaissée ou détruite, la construction d'un second édifice religieux aurait été entamée sur un autre site, avec le don d'une terre et de l'aide financière de la famille Lardeyrol, seigneur du lieu jusque vers le début du XIIIe siècle. Puis les moines auraient terminé l'édifice. Ce n’est qu’une hypothèse : Combriol peut avoir désigné tout le terroir à date ancienne, avant que la construction du château de Lardeyrol et l’établissement de son “mandement” aient occasionné un changement de vocable.

            L'édifice qui fut donné aux Bénédictins est-il celui qui existe actuellement, ou bien les religieux ont-ils construit une nouvelle église ? Robert Saint-Jean penche pour la deuxième solution, car certaines parties architecturales (plan à abside polygonale, coupole sur trompes sur la dernière travée, raffinement du décor sculpté) se rapprochent de l'architecture de prieurés casadéens, dont celui de Saint-Pierre-Eynac. Nous pouvons retrouver ces caractéristiques dans d'autres églises rurales ne relevant pas de l'abbaye casadéenne : le même plan d'église se retrouve à Alleyras, Saint-Haon et Rauret, la coupole sur trompes se rencontre aussi à Saint-Vidal et Beauzac. Mais ces éléments ne sont très probablement pas antérieurs au milieu du XIIe siècle, donc, à Saint-Etienne, postérieurs à la donation aux Casadéens.

 

Description des bâtiments

 

            L'église[109]

 

            Cet édifice est composé d'une nef unique divisée en trois travées. Les deux occidentales sont voûtées d'un berceau plein cintre, supporté par des doubleaux qui reposent sur des piliers rectangulaires terminés par des chapiteaux à feuillage. La troisième travée, de plan rectangulaire, plus élevée que les deux premières, est voûtée d'une coupole octogonale reposant sur quatre trompes en cul de four. Cette coupole est ajourée à l'est d'une petite baie romane.

            Les murs latéraux de cette troisième travée ont été percés postérieurement à la construction de l'ensemble de l'édifice (XVIIe ou XVIIIe siècle), et ouvrent sur deux chapelles voûtées en berceau. La chapelle sud conserve encore des restes de peinture, dont un blason que R. Saint-Jean nous décrit comme étant "ovale, entouré de palmes et surmonté d'une couronne comtale pouvant se lire ainsi : d'argent à un oiseau (un rapace?) de sable posé sur un roc de sinople". Il s'agit des armes de la famille de La Rochenégly, seigneur de Chamblas (d'argent, à un aigle de sable, posé sur une montagne de sinople) qui possédait un tombeau familial dans l'église paroissiale. Le chanoine Mercier a relevé dans les registres baptistaires de Saint-Etienne Lardeyrol[110], que le 16 avril 1739, Alexandre de La Rochenégly, décédé, "est enterré dans l'église, tombeau de la famille".

            L’édifice est très bien éclairé par la façade occidentale, percée de deux fenêtres en plein cintre encadrant une ouverture en demi-cercle située au-dessus de la porte d'entrée, ainsi que par les murs latéraux où nous trouvons trois baies romanes, elles aussi en plein cintre, largement ébrasées vers l'intérieur. Mais le plan de l'église relevé par R. Saint-Jean est erroné, car la disposition des différentes fenêtres ne se présente pas telle qu'elle est dessinée. Le mur nord présente bien sur la première travée une ouverture bouchée, mais la seconde travée est bel et bien percée d'une fenêtre alors que le plan nous présente un mur aveugle. De même sur le mur latéral sud, où la seconde travée est effectivement percée d'une baie, la première travée est présentée avec une fenêtre, alors qu'en réalité elle est bouchée.

            Les murs intérieurs devaient être recouverts d'un enduit blanc, car l'intérieur de la coupole surmontant la troisième travée n'a pas été touché et reste encore blanchi. Le curé actuel s'est rendu compte qu'en éclairant fortement le sommet de cette coupole, la lumière faisait apparaître des traces de peinture dans lesquelles il avait deviné des feuilles de vigne et des grappes de raisin, que personne n’avait encore signalées.

            Nous retrouvons à l'extérieur du bâtiment le bel appareillage constaté à l'intérieur, formé de moellons de brèche volcanique rougeâtre bien appareillés à l'aide de joints minces. La porte, orientée à l'ouest, est encadrée extérieurement d'une seule voussure plein cintre, flanquée de deux colonnes que surmontent deux chapiteaux sculptés. Au dessus, trois arcatures en plein cintre décorent la façade. Le chevet est pentagonal, où, sur chaque face, s'ouvrent des arcatures dont les plus occidentales sont trilobées et les autres en plein cintre abritent une fenêtre romane. La travée du chœur, couverte d'une coupole, dépasse de beaucoup les travées de la nef. Elle est surmontée d'un clocher-mur percé de deux arcades surélevées au XIXe siècle, tandis que son pignon est coiffé d'une flèche en charpente à quatre pentes.

 

            La cure et le presbytère

            La maison curiale, lieu de séjour du curé ne se situait pas à l'endroit où elle est implantée aujourd'hui.

            Sur un plan détaillé du village de Saint-Etienne Lardeyrol datant du XVIIIe siècle[111], le plus ancien que nous ayons trouvé, la cure se trouve sur le chemin de Saint-Etienne à Combriol, à la sortie du village. A l'arrière est représenté le jardin de la cure. Un détail est intéressant à noter sur le schéma de l'église, où une construction apparaît à l'arrière du bras sud du transept. Lorsque nous comparons ce plan avec un plan plus sommaire du village[112], datant lui aussi du XVIIIe siècle, nous constatons que la maison curiale n'est plus à la même place, puisqu'elle est située sur son emplacement actuel, c'est à dire à la droite de l'entrée de l'église, le long du chemin qui mène de Saint-Etienne à Montferrat. A l'arrière se trouve toujours le jardin. Sur l'ancien emplacement de la cure, est mentionné "maison du sieur Veyrat" (Veyrac, baron de Lardeyrol ?). Ce nouvel emplacement est confirmé par les confins de la cure définis en l'an IV lors de la confiscation des biens du clergé[113], et par le plan cadastral de Saint-Etienne Lardeyrol datant du XIXe siècle[114]. Enfin, sur les trois plans, le cimetière est toujours représenté à la même place, c'est à dire autour de l'église paroissiale.

            Sans doute faut-il admettre qu’initialement le prieuré se trouvait accolé à l’église, et la cure, maison du curé, distinct du prieur et son subordonné, un peu plus loin. Puis, le prieur ne résidant plus, il aurait laissé le curé s’installer plus près de l’édifice. L’ancienne cure aurait alors été aliénée à un laïc.

            L'intérieur de la cure est alors des plus sobres, tel que l'on pouvait en rencontrer dans les paroisses rurales. Nous en possédons une rapide description datée du 26 pluviôse an II, incluse dans l'inventaire des meubles et effets d'ornements d'église et argenterie[115]. Ce bâtiment est constitué de deux pièces, la chambre et la cuisine, meublées sommairement. Dans la première se trouve une garde robe du curé "attaché au mur" et dans la seconde "un bois de lits sans planches au fond". Les murs et effets se trouvent "dans le même états que lorsque led. curé en a pris possession, c'est a dire en mauvais états". Cette description est complétée par une seconde, effectuée lors de l'estimation en revenu et capital du domaine[116] : "une maison composée de cuisine, chambres, galetas, écurie, four, étable, court et jardin, paternes (?) contenant en tout cinq boissiaux (…)".

               Les curés

 

            La majeure partie des curés nous est connue soit par leur prise de possession de la cure ou par leur signature des registres d'état civil, soit par leur apparition dans les notes du chanoine Mercier[117]. Les curés étant, nous l’avons vu, présentés par les prieurs, nous en retrouvons bon nombre dans le fonds d'archives de La Chaise-Dieu[118] depuis le XVe jusqu'au XVIIe siècle. Cette chronologie aurait pu être complétée par le dépouillement des archives paroissiales, mais celles-ci ont disparu depuis le temps de l’abbé Mercier, seule une partie de l'état civil et un registre de fondations de messes des XVIe-XVIIe siècles sont parvenus jusqu'à nous[119]. Déjà en 1679, Mgr de Béthune, évêque du Puy en visite pastorale dans son diocèse[120], remarquait l'absence d'une part des archives paroissiales, emportées et conservées par les héritiers de M. Bolon, jadis curé de Saint-Etienne[121] et d'autre part, de l'inventaire des titres paroissiaux. Par chance, le chanoine Mercier a consulté en partie ces documents, et il a pris un grand nombre de notes qui prennent toute leur importance aujourd'hui. Nous y retrouvons non seulement de nombreux titulaires de la cure, mais aussi l'activité de la paroisse depuis la fin du XVIe siècle jusqu'à la Révolution. Tout ceci peut être complété par l'intermédiaire des archives de l'évêché dans lesquelles nous retrouvons des listes de curés du diocèse du Puy[122], ou bien des comptes rendus de visites pastorales[123].

            Deux curés ont débuté leur sacerdoce à Saint-Etienne : Laurent Aghulat qui dit sa première messe le 31 mai 1610 en l'église paroissiale, et Jean Olive qui fait de même le 21 novembre 1581 au couvent Sainte Claire du Puy, avant de desservir la cure de Saint-Etienne à partir du 3 décembre de la même année. Le curé Bollon, quant à lui, cessera les fonctions qu'il avait à la cure de Saint-Voy pour devenir entre 1660 et 1669 curé de la paroisse. D'autres cumuleront plusieurs titres : Jean Braye, qui était prêtre chanoine de la cathédrale, desservait la cure de Saint-Etienne ; Claude Ahond, curé de Sainte-Eulalie[124] était vicaire de Saint-Etienne-Lardeyrol ; Antoine Gelet, prêtre de la paroisse, était chanoine de Saint-Georges du Puy ; enfin, Georges Peyronnel, curé de Saint-Etienne, était vicaire de la chapelle Saint-Sébastien fondée en l'église Saint-Pierre-le-Monastier, au Puy[125].

             Un syndicat de prêtres

            Un nombre important de prêtres ainsi qu'une multiplicité des lieux de culte dans une même paroisse sont fréquents sous l'Ancien Régime. A Saint-Etienne Lardeyrol, en plus de l'église paroissiale, les prêtres et le curé doivent aussi desservir les chapelles seigneuriales de Chamblas et d'Ebde. Alors qu'aujourd'hui un curé a seul la charge de plusieurs paroisses, sous l'Ancien Régime, et notamment au cours des XVIe et XVIIe siècles, il est  entouré d'un collège de prêtres.

            Dès le début du XVIe siècle, plusieurs prêtres et serviteurs sont attachés à l'église de Saint-Etienne Lardeyrol, car dans un acte daté du 3 septembre 1510, le seigneur d'Ebde reconnaît une dette envers les prêtres de la paroisse[126]. Nous pouvons avoir une petite idée du nombre de desservant qu'il y avait dans la paroisse grâce à un autre acte daté du 22 avril 1555[127] dans lequel sont cités les prêtres appartenant au "scindicat des prêtres et serviteurs" de l'église paroissiale, à savoir : Jehan Valadier, Sébastien Aureilhe, Jehan Rinal, Blaise Rinal, André Besson, Jehan de Lolme, Glaude Cros et Glaude Besson. Dans cet acte, ils "constituent et ordonnent leur scindic general et special M. Jehan Besson, aussi prêtre, estant du nombre des prêtres de ladite église". Ce sont donc neuf prêtres, auxquels il faut ajouter le curé, qui avaient la charge des âmes de la paroisse. En 1604, lors de l'enterrement d'Antoine de Vertolaye, seigneur de Chamblas, le chanoine Mercier a relevé que quatre prêtres de la paroisse de Saint-Etienne étaient présents. En confondant plusieurs sources, il nous semble que vers la fin du XVIIe et les années 1720, il n'y ait plus qu'un curé (Jacques Gros)[128], son vicaire (Jean Villevieilhe)[129] et un prêtre (Jean de Larochenégly)[130].

            Cette réunion de prêtres sociétaires a donc existé dès le début du XVIe, sinon avant, a fonctionné pleinement au cours du siècle suivant, pour disparaître dès la fin du XVIIe ou le début du XVIIIe siècle.

          Les fondations

            Ce syndicat de prêtres et de serviteurs avait à coeur de défendre les droits de la collégialité contre les fondateurs et surtout leurs descendants qui n'assuraient plus les paiements des messes. Ces fondations, faites en argent, en nature, ou bien encore sous forme de revenu foncier, étaient les principales sources de revenu de ce bas-clergé.

            Pour la bonne perception des fondations, le syndicat des prêtres nomma le 22 avril 1555, Jean Besson "scindic general et special (…) pour et au nom deulx et de tout le clerge de ladite église de pourchasser faire et poursuivre tous et chacuns leurs apfaires, negoces et besoignes, et par expres de faire leur terrier et recognoissances de leurs legatz obitz, fondations et faire recognoistre toutes et chacunes les pensions et apprez (…) a eulx et leurdit clerge deuz et donnez par quelsconques personnes".

            Les reconnaissances de dettes envers les prêtres de la paroisse sont nombreuses. Eustache et Michel Gire, père et fils du lieu d'Ebde, reconnaissent devoir le 16 avril 1554 "la somme de cinq sols payable annuellement (…) et qui provient de la fondation faîte par feu George Delolme de Condros"[131], Antoine de La Rochenégly, seigneur de Chamblas, cède à Pierre Malaisson "les arrérages de rente se portant à 200 francs a condition qu'il payroit annuellement a mm. les prêtres de Saint-Etienne, la somme de dix francs hypothéquée sur un pré appelé Les Prades"[132].

            La justice était parfois saisie. Un certain Pascal a vu arriver chez lui Jean Besson, sergent, qui, à la requête d'Antoine Chaumelin et Laurent Agulhat, curé et prêtre de l'église paroissiale de Saint-Etienne Lardeyrol, venait lui réclamer la somme de six livres qu'il devait annuellement pour les obits et pensions, tant de l'année présente que précédente, sous peine de saisir le pré de La Chalm, sis à Condros, qu'il a hypothéqué. Le sergent saisit le pré jusqu'au règlement[133]. La même chose se passa le 18 avril 1605 chez Gabriel et Etienne Besson ”pour 30 livres d’arrérages de pensions d'obits et de légats depuis l'année 1595, tant d’une somme de 20 livres (…) que d'autres 14 livres de principal qu'il doit aussi annuellement à ladite église”[134]. Le seigneur d'Ebde, le 3 septembre 1510, après jugement, s'engage à payer la rente de 25 sous reconnue par sa mère, Louise de la Tour[135].

            La tenue d’un véritable livre de comptabilité permet au curé-scindic de contrôler, de prévoir, et de rendre compte à la communauté des prêtres[136].

            La population paroissiale dans son ensemble est, comme il se doit, la principale "fondatrice". Les seigneurs d'Ebde et de Chamblas, du fait de leur rang, se doivent de faire preuve de générosité. Dans un acte daté du 25 novembre 1555, Godofre de Bonas, seigneur d'Ebde "s'oblige a payer annuellement (…) la somme de 5 livres pour une fondation qu'il dit avoir faite en sa chapelle existante dans l'église paroissiale". Cette donation s'accompagne de la clause suivante : "celuy des pretres qui dira la messe dans ledit chateau aura son couvert a la table dudit sgr d'Ebde"[137]. De même, en 1604, lors de l'enterrement d'Antoine de Vertolaye ou l'on comptait près de vingt représentants du clergé régulier et séculier, la famille du défunt donna 10 sols à chacun des prêtres séculiers (dont 4 issus de la paroisse de Saint-Etienne), ainsi que la livraison et le dîner[138]. Enfin, le 25 novembre 1585, Blanche Guillomanche, veuve d'autre Antoine de Vertolaye, seigneur d'Ebde, lègue à Antoine Chaumelin la somme de 3 écus après son décès[139]. En ce qui concerne les seigneurs de Chamblas, nous savons qu'ils ont doté l'église paroissiale d'une chapelle et d'un tombeau, mais celui-ci est mentionné en 1679 comme étant dans le plus total abandon[140].

            Quant aux seigneurs de Lardeyrol, qui dominent la paroisse de plus haut, nous ne retrouvons aucune trace d'une quelconque fondation faite par eux en l'église paroissiale de Saint-Etienne. Pourtant R. Saint-Jean nous dit qu'en 1363, Astorge de Glavenas, seigneur de Lardeyrol, fonde une vicairie dans l'église de Saint-Etienne[141]. C'est une confusion avec Saint-André de Lardeyrol, ou plutôt avec l'église de Saint-Germain-Laprade[142], lieu où est situé le tombeau de la famille de Glavenas[143].

            Une part du produit des fondations est partagée entre le curé et les desservants ; une seconde sert au paiement des impôts de leurs biens fonciers, ainsi qu'aux dépenses d'entretien de l'église, de la cure, des ornements et de l'argenterie, ou bien à l'achat des hosties[144].

            Pour compléter cette assez maigre ressource, les prêtres de la paroisse possèdent quelques terres dépendant notamment du mandement du château de Lardeyrol, du chapitre de la cathédrale ou bien encore du séminaire du Puy. Ils en tirent des revenus et en payent les impôts. Ainsi, en 1593 Antoine Chaumelin, curé de la paroisse, détient de ses prédécesseurs le champ de l'Ouche et un pré sis à Combriol, sur lesquels il doit respectivement pour cens au seigneur de Lardeyrol 6 deniers, et 2 deniers plus une demie cartonnée de froment (ces deux terres semblent être détenues pour la première fois par Jean Dussap, curé de Saint-Etienne, en 1446). Il s'engage aussi à payer au même seigneur une censive annuelle qui sera portée au château, à la fête de Saint-Michel[145]. Aussi, dans un terrier des reconnaissances faîtes au séminaire[146], Georges Peyronel, curé de Saint-Etienne, reconnaît détenir de ses prédécesseurs le 1er mars 1751, un champ situé au terroir de Chassende[147] et dépendant de la seigneurie du séminaire, dont la censive s'élève à 5 sols et 4 deniers. A la Révolution, les biens de l'église paroissiale de Saint-Etienne-Lardeyrol sont estimés pour être vendus au plus offrant. Hormis le bâtiment de la cure, les desservants n'étaient plus propriétaire que d'une terre et de deux champs : "une terre audit lieu appelé le champ"[148], ainsi que d'un premier " pré (…) dudit lieu appelé les Guineirades" et d'un second "situé au terroir et municipalité de Saint-Etienne-Lardeyrol"[149]. Ces quatre biens représentent un revenu annuel de 75 livres pour le bâtiment, de 14 livres pour la terre, et de 220 livres pour chaque champ. Ces deux derniers furent vendus respectivement à Jean François Perrin du lieu de La Bronque pour 225 livres, et à Jean-Paul et Jean François Imbert, du Puy, pour la même somme.

            L'ensemble des revenus tirés des fondations, des dons et des biens fonciers ne suffit pas aux réparations des bâtiments cléricaux, ni à l'entretien du mobilier, des ornements et des objets sacrés dans la mesure où ces dépenses n’incombent pas plutôt au prieur. L'état dans lequel se trouve ces biens nous est connu pour la deuxième moitié du XVIIe siècle grâce à la visite pastorale de l'évêque du Puy, Mgr de Béthune[150], ainsi qu'à une visite canonique effectuée par l'archiprêtre de Monistrol, Pierre Bonnet[151]. Il y eut bien une autre visite pastorale le 14 septembre 1747, effectuée par Jean-Georges le Franc de Pompignhan, évêque du Puy, mais nous ne savons rien du tout de son procès-verbal de visite, si ce n'est qu'il confirma près de quatre cents personnes[152].

            Le 15 mai 1679, Armand de Béthune, évêque du Puy et comte de Velay, en "visite generalle" des églises de son diocèse, "pour la gloire de dieu et le rétablissement de la discipline ecclésiastique et correction des mœurs", se présente au prieur et au curé de Saint-Etienne Lardeyrol, dénommés Brun, afin d'inspecter l'église, de vérifier l'état des objets du culte ainsi que de s'enquérir des mœurs du clergé et d'administrer les sacrements. Il trouve un édifice ouvert à tous les vents. J.-C. Gouy relève dans le procès-verbal de visite ce passage très parlant : "Avons en suitte visité l'estat du bastiment et trouvé l'église voutée, les deux fenestres quy donnent jour au sanctuaire sans vitres ny chassis, en sorte qu'on Nous a assuré qu'un orage avoit enverssé il y a quelque temps la lampe quy brusle devant le st sacrement et qu'en temps d'hyver, le vent pousse la neige jusques au maistre hautel; avons de mesmes trouvé la fenestre quy est au fonds de l'église et quy donne jour au cœur des penitens sans vitres ny chassis". Cet état déplorable d'un édifice religieux doit être le résultat d'une situation existant depuis des dizaines d'années, et qui a dû se poursuivre encore longtemps. Le chanoine Mercier note que le 24 juin 1731 "la cloche est rompue par l'imprudence du sonneur". Cette imprudence est sûrement plus dûe au vieillissement et peut-être même au pourrissement du bois de support de la cloche, qu'à la bonne volonté de ce sonneur. Cependant la paroisse s’est offert sans tarder une nouvelle cloche appelée Marie-Etiennette, que le curé a bénie le 30 mars 1732[153].

            Les objets et vêtements liturgiques sont dans une situation analogue, ils sont en mauvais état, déchirés. L'évêque en juge même quelques uns comme étant impropres au culte. Pire, le prieur et le curé de Saint-Etienne Lardeyrol ont essayé de gruger Mgr de Béthune en lui présentant des ornements empruntés à une paroisse voisine :"appres quoy Nous sommes faict exibé les ornements quy servent au service divin et sur les requisitions de Nostre promoteur avons faict preste (…) aux prieur et curé les serments; pour scavoir d'eux sy lesdits orenements leur appartiennent en propre ou sy les bruicts qu'ils ont eu que Nous devions venir proceder a Nostre visite ilz ne les ont emprumptés des eglises de leur voisinage, sur quoy lesdits Bruns, prieur et curé nous ont assuré qu'il est véritable que se voyant despourvus d'ornements necessaires pour le service divin et apprehendans d'estre par Nous blasmés, ilz ont emprumpté un ornement noir et taffetas a fleur; et un blanc de camelot".

            Quatorze années plus tard, la situation semble identique, puisque l'archiprêtre de Monistrol "ordonne que fussent fournis a l'église de Saint-Etienne Lardeyrol une chape, une aube, les quatre couleurs des chasubles, un porte-Dieu, un soleil, le pied du ciboire d'argent lequel n'est que d'étain, une nappe au grand autel, l'huile de la lampe, tous objets que le curé réclamait en 1700 par huissier au prieur". Il en est de même en 1793 lorsque les habitants réclament les objets nécessaires pour célébrer l'office. Ces objets furent fournis quelques mois plus tard puisqu'ils sont répertoriés en 1794 dans "l'inventaire des meubles et effets d'ornements d'église et argenterie présent à la cure et presbytère"[154]. Mais en un siècle, les desservants n'ont pas pris plus de soin à la tenue ni à l'entretien des ornements et des objets sacrés, car dans cet inventaire, les chasubles sont définies comme étant dans un état passable, fortement usées ou déchirées, deux chappes sur trois sont usées, sept devants d'autel sur huit sont déchirés ou usés, les aubes et le reste du linge est dans un état similaire, les deux encensoirs sont cassés…(voir transcription).

            Ce laisser aller n'est pas propre à la paroisse de Saint-Etienne Lardeyrol et ne porte pas que sur l’entretien du bâtiment et du mobilier. Même la tenue des titres paroissiaux et des registres de catholicité n'est pas toujours bien assurée assurée, le curé de Saint-Etienne oublie "de fere mention aux actes de mariage de quatre tesmoins suivant les ordonnances royaulx"[155]. A la Révolution, lors de la confiscation des biens religieux et lors de leur remise aux nouvelles municipalités, l’impression que laissent les inventaires est à nouveau celle d’une pauvreté générale[156].

           Pas de fabrique

            L'ordre d'établir des fabriques dans toutes les paroisses du ressort du parlement de Toulouse date de 1772[157]. Pour autant, dans les années qui suivirent, la constitution de ces fabriques ne fut pas générale dans la province. En Velay, si quelques paroisses possèdent leurs marguilliers, ce n'est pas le cas de celle de Saint-Etienne-Lardeyrol. Nous ne savons rien du Moyen Age, mais le fait qu'il n'y ait sans doute jamais eu de fabrique dans cette paroisse sous l'Ancien Régime peut-être confirmé par quelques documents. Le chanoine Mercier n’en fait aucune mention. Les marguilliers doivent assurer la perception des revenus tirés des fondations, or nous avons plus haut qu’ici ce sont les prêtres ou leur syndicat qui se chargent de tout, même d'engager des poursuites judiciaires contre les mauvais payeurs. En 1679 lors de sa visite pastorale, Mgr de Béthune remarque qu'il n'y a pas un seul marguillier dans la paroisse. Cet état de fait doit exister depuis de nombreuses années, car aucun inventaire des biens paroissiaux n'a été dressé. Enfin, il est généralement admis que les frais de culte (ornements, vases et linge sacrés), ainsi que l'embellissement de l'église sont à la charge de la fabrique. A Saint-Etienne il en est autrement puisqu'à la fin du XVIIe siècle, le curé n'a pas réclamé aux marguilliers le linge et les objets sacrés dont il avait besoin , mais il l'a fait auprès du prieur du lieu, par l'intermédiaire d'un huissier.

           Les tombeaux

            Les seigneurs voisins possédaient un tombeau familial à l'intérieur de l'église. Ils partageaient cet honneur avec les prêtres de la paroisse qui s'y faisaient inhumer au moins depuis la fin du XVIe siècle.

            Comme nous l'avons vu plus haut, le tombeau de la famille La Rochenégly, seigneur de Chamblas, occupe la chapelle sud de l'église. Cette famille est installée dans la paroisse depuis 1350, année où l'héritière d’une ancienne maison de Chamblas épouse Gilbert de La Rochenégly. Il ne reste aujourd'hui aucune trace du tombeau, hormis le blason familial au-dessus de l'entrée de la chapelle.

            Les seigneurs d'Ebde possédaient aussi un tombeau familial, car le chanoine Mercier a noté que le 15 novembre 1604, Antoine de Vertolaye, seigneur du lieu, étant décédé depuis la veille, a été transporté dans sa chapelle de Saint-Etienne où il fut enterré. De plus, en 1741, le fermier des seigneurs d'Ebde est enterré dans le tombeau de la chapelle d'Ebde dans l'église paroissiale. Donc ce tombeau est bien dans l'église et non dans la chapelle du château d'Ebde, aussi  placée sous le vocable de Saint-Etienne. Dans un autre acte daté du 25 novembre 1555, Godofre de Bonas, seigneur d'Arsac et d'Ebde "s'oblige de payer annuellement (…) la somme de 5 £. pour une fondation qu'il dit avoir faîte en sa chapelle existante dans l'église paroissiale dudit Saint-Etienne"[158]. Mais cette chapelle est-elle matérialisée par une construction ou l'aménagement d'une partie de l'église paroissiale, ou bien s'agit-il tout simplement de la fondation de messes pour le repos des âmes de la famille, et d’un caveau ? Nous pencherons pour cette seconde hypothèse.

            Les familles seigneuriales n'étaient pas les seules à posséder un tombeau dans cette église, les prêtres et les curés de la paroisse détenaient aussi le leur. Ainsi, le 16 mai 1731, "Joseph de La Rochenégly (qui avait le pseudonyme de Varette de Chamblas), prêtre âgé de 71 ans, est enterré dans l'église de Saint-Etienne-Lardeyrol, dans le tombeau des prêtres". De même, Laurent Aghulat, curé de la paroisse, demande dans son testament le 17 avril 1637 à être "enterré dans le tombeau de Chaumelin, son devancier, qui est devant la chapelle de N.D. du Rosaire". Cette chapelle Notre-Dame du Rosaire a été fondée dans l'église paroissiale par les prédécesseurs de Mathieu Montchalin (ou Montchalm) dit Gascons, mentionné comme vicaire de Chamblas au cours des années 1594 à 1609.

            Différentes formes de dévotions autres que les fondations

            L'église de Saint-Etienne-Lardeyrol expose à la dévotion de ses fidèles lors des fêtes des reliques, ou prétendues telles. L'inventaire dressé en 1679 par Armand de Béthune fait état de trente-quatre ossements attribués à quinze saintes et saints, ainsi qu'à des "vestemens de la vierge". Il s'agit en partie de celles qui étaient précédemment conservées dans la chapelle du château de Lardeyrol d’après un rôle établi en 1586. Elles ont pu revenir à la paroisse de Saint-Etienne lors de la disparition de la paroisse de Saint-André de Lardeyrol ou de la destruction de la chapelle.

            Le XVIIè siècle va voir se développer une nouvelle forme de spiritualité autour du Saint-Sacrement. Ce siècle ou le pouvoir central est à son apogée, et où tout gravite autour de la personnalité du souverain suprême, est aussi un siècle théocentrique, "où l'on répond au Roi Soleil par le Dieu Soleil, où le Saint Sacrement devient le cœur vivant de l'église”[159]. L'intention spirituelle n'est plus la même qu'au Moyen Age où l'on utilisait la lumière divine en procession afin de lutter contre les éléments météorologiques (orages, grêle…). En cette fin de XVIIe siècle, le ton est beaucoup plus grave, il est celui du devoir d'adoration et d'humilité où l'homme doit se prosterner devant Dieu et sa souveraineté. Ainsi, le choeur d'une église doit toujours abriter une lampe allumée. Armand de Béthune s’en enquiert. Selon le curé de Saint-Etienne, la lampe du Saint-Sacrement brille en permanence, et il est pourvu régulièrement aux nécessités de son entretien, chaque paroissien donne pour cela "quelque chose chacun selon ses facultés pour acheter l'huyle nécessaire"[160].

            Au XVIIè siècle au moins, même une modeste paroisse rurale comme Saint-Etienne-Lardeyrol participe au grand mouvement de piété qui s’exprime par les confréries, si fréquentes en ce temps dans le Languedoc : confréries du Saint-Sacrement ou plus répandues encore, de Pénitents. Ainsi, lorsque l'évêque du Puy arrive à Saint-Etienne-Lardeyrol, ce sont des membres de la confrérie des Pénitents Blancs[161], confrérie installée dans la paroisse, qui l'accueillent en procession. Elle devait être uniquement composée d'hommes. Par abus, ses membres permettent aux paroissiennes l'accès aux places réservées à la confrérie dans le chœur de l'église pendant les offices, mais l'évêque en colère y met bon ordre : "Faisons expresses inhibitions et deffanses aux confraires penitens de ladite eglise de permettre soubz quel pretexte que ce puisse estre aux femmes et filles, l'entree dans leur cœur lors de la celebration de l'office divin soubs peine de suspance et en cas de contravantion nous ordonnons au sieur curé de nous en donner advis pour y estre pourvu par les voyes de droit"[162]. Cette confrérie a fait don de l'ensemble des vitraux de la façade occidentale. Ceux des deux fenêtres encadrant la porte sont sur fond blanc avec en leur centre une croix aux bouts treflés, et celui situé au-dessus de la porte d'entrée est lui aussi sur fond blanc avec en son centre un triangle bleu encadrant un œil rayonnant.

            Au siècle suivant, Saint-Etienne Lardeyrol, comme d'autres paroisses, reçoit des missions de Jésuites. Ceux-ci sont installés au Puy depuis la fin du XVIe siècle. Dès leur fondation, ils reçoivent des dons et des legs destinés à financer des missions dans les paroisses et les autres diocèses proches de celui du Puy. Saint François-Régis, un prédicateur de l’ordre, se rendra célèbre par cette activité avant le milieu du XVIIe siècle. Au départ n'importe quel membre de l'établissement peut en faire, puis, au fil des ans, des missionnaires "professionnels" vont parcourir les campagnes et les villes. La paroisse est visitée au cours de l'année 1732 par les pères Quintin Estien, originaire du diocèse de Saint-Flour[163], et Antoine Pons. Le 12 février 1732 la mission des deux Jésuites se termine après qu'environ deux mille personnes aient communié au cours de leur prêche, et qu'une croix soit plantée sur la place, tout près du pré d'Ebde[164]. Cette croix a aujourd'hui disparu.

 

            Notre documentation ne nous permet pas une histoire complète de Saint-Etienne-Lardeyrol, mais la monographie de cette paroisse ordinaire permet une conclusion que l’on pourra comparer à d’autres cas.

            Dans ce prieuré casadéen, la présence prieurale n’a fait que diminuer au cours des siècles, pour devenir simplement théorique et financière dès le XVIIe. Il en est de même en ce qui concerne la présence des prêtres qui, elle aussi, va devenir irrégulière. Nombreux au début du XVIIe siècle, ils le sont beaucoup moins au suivant. Cette diminution de la présence et de la fonction ecclésiastique est certainement à mettre en relation avec un net affaiblissement des ressources de la paroisse.

 

                                                                                                                                 Thierry Alloin

 


 

Annexes I

 

Transaction entre Charles de Tournon, abbé de la Chaise-Dieu, et les religieux de l'abbaye, par laquelle l'abbé se libère de l'obligation de servir aux religieux diverses procurations de pain et de vin, et leur abandonne en échange les revenus de divers prieurés dont ceux de Saint-Julien-Chapteuil et de Saint-Etienne-Lardeyrol, 5 janvier 1548. (A.D.H.L., H 205).

(…)

f°1 v°

Premièrement, que ledit couvent

livrera et fournira tout l'obled et vin que ledit seigneur abbé a accoustumé

et est tenu fournir aux officiers, religieux, donatz, convers, medecins

appotiquaires, barbiers ; et tous autres tant religieux que séculiers qui ont

accoustume de prendre la prébende ou livraison de pain et de vin, a scavoir

à l'aumosnier moindre, le pain qu'il a accoustumé prendre par ci dorénavant

au four de laditte abbaye qu'est sur un chacun quarton froment, une

miche. Et d'avantage, lesdictz seigneurs ont remis et

cedde audit couvent, les pensions de seigle lesquelles ils ont accoustumé jusques a

présent percevoir sur les prieurés qui s'ensuivent, a scavoir

sur le prieuré de la Chaulin, diocèze de Clermont, vingt sept septiers seigle,

mesure dudit lieu de la Chaulin ; sur le prieuré de Chasteulh, diocèze

du Puy, dix septiers seigle ; sur le prieuré de Saint-Maurice de

Lignon, diocèze du Puy, seigle cinq septiers ; sur le prieuré

d'Araulles, diocèze du Puy, seigle cinq septiers ; sur le prieuré de

Saint-Estienne de Lardeyrol, diocèze du Puy, trois septiers seigle ;

sur le prieuré de Domeyrat, diocèze de Saint-Flour, seigle cinq septiers. Laditte transaction faicte et passée dans

ledit monastère de la Chaize-Dieu et dans la maison de la chambrerie dudict

monastère (…)

 

 

 

Annexes II

 

Rôle des reliques conservées dans la chapelle du château de Lardeyrol, dressé par Antoine Chaumelin, curé de la paroisse de Saint-Etienne de Lardeyrol, 1586.

(A.D.H.L., H 201).

Rolle des sainctes reliques que sont à la chapele St André du chasteau de Larderol, Diocèse du Puy en Vellay. Faict ce quinzièsme jour du mois d'Aoust l'an mil cinq cens huictantesix, par moy soubzsigne, curé de ladite chapele. 1586.

 

Présent de la terre Ste du Jardin d'Olivet où notre Seigneur Jésus Christ pria par trois fois.

Du St suaire de notre Rédempteur, Jésus.

De la chandele que brusloit en la cène de Jésus Christ.

Du pain de ladite cène de notre Seigneur.

Du bois de la Ste Croix de notredit Seigneur et maître, Jésus Christ.

De la terre de la chambre de la Vierge Marie en Nazareth, ou fust annoncé

Notre Salut et rédemption.

De l'esponge et robes de la Vièrge Marie, mère de notre Rédempteur, Jésus.

De St Trophime ou St Trophory, disciple de notre Seigneur évesque d'Arles, de St Loup, de St Bertrie, de Ste.Marie Magdaleine, de Ste Catherine, de St Jean Baptiste, de St Arcons, des douze mille vierges, de Ste. Agathe, de St Roux, de St Germain, de St Aule, de St Sulpice, de St Georges martyr, de St Girosme, de St Médard, de St Féréol, de Ste Lucie, des saincts Innocens, de St Léonard, de St Blaise, de St Laurent, de St Quintin, de St Antoine, toutes lesquelles sainctes Reliques sont dans un petit cofre fermant a clef dans ladite chapele, exceptée celle de St Antoine qu'est dans un bras expres.

                                                                                                                      CHAUMELIN Curé.

 

 

Annexes III

 

Inventaire des meubles et effets d'ornements d'église et argenteriez présent à la cure et presbytère, 28 pluviôse an II.

(A.D.H.L., 1 Q 444).

(…)

« Argenterie,

Un calice, un ciboire, un soleil ets une petite boête pour porté le viatique.

 

Ornement,

Cinq rouges, donts un passable quoyque mauvais, les autres déchiré.

Deux violets, donts l'un forts usé.

Quatre blancs, dechirés.

Un verts très communs ets usé.

Quatre de toute couleur, donts un seulements passable mais déchiré.

Quatre noirs, donts un passable.

Deux dalamatiques rouges ets deux noirs, passables.

Trois chappes donts une bonne, les autres usées.

Le touts très commun.

 

Devants d'autel,

Quatre devants d'autel, dont trois dechirés ets usés.

Autre quatre devants d'autel petits pour les deux chappeles, usés.

 

Chandeliers,

Dix petits chandeliers en cuivre, çavoir six pour le maître autel,

Ets deux pour chaque chappele.

 

Ridaux,

Trois ridaux, un au maître autel ets un chaque chapele.

 

Bassins,

Deux bassins ets un plat en cuivre.

Une petite fontaine ets cuvette, mal en ordre, ets deux bénitiers, donts l'un en fonte ets autre en leton.

 

Ensensoir,

Deux ensensoirs en cuivre, mauvais ets cassé, avec leurs navettes.

 

Lampe,

Une lampe en cuivre.

 

Croix,

Deux croix, donts une en composition ets l'autre en fer.

 

Livres,

Deux livres de chants, un missel, un «te igitur», … ets Evangile.

 

Tapis, lanternes,

Trois tapis ou couvert, un pour chaque autel, trois mauvaises lanternes, une écharpe, un déo, un voile pour mettre devants le St Sacrements.

 

Aubes ets autres linges,

Septs aubes toutes mauvaises.

Quatorze chappes, la pluparts dechirées.

Trois garnitures pour la table de la communion.

Trois douzaines de purificatoires.

Trois grands essuymains, donts deux bons.

Douze petits essuymains.

Quinze amits.

Douze corporaux.

Six bouquets ou fleurs artificielle, bien passées.

Un drap mortuaire, touts déchiré.

Un petit coffre, un pupître, ets trois petites caisse pour mettres les fleurs ets linges.

Nous n'avons pas reconu qu'il manquats la moindre chose.

 

Après quoy le citoyen curé nous ayants invité à aller faire la vérification du presbitère, nous n'y avons trouvé qu'une garde robbe a la chambre, attaché au mur, ets un bois de lits à la cuisine sans planche au fond, ets les quatre murs, le touts dans le même états que lorsque led. curé en a pris possession, c'est à dire en mauvais états (…).

 

 

Annexes IV

 

Liste des prieurs et des curés

(Nous ne mentionnons que les dates extrêmes rencontrées dans les textes)

 

Les prieurs

- PRADEL Pierre (23 août 1300, 30 septembre 1343)

- CHAZES Laurent (des) (21 août 1324, 4 juin 1329)

- PRADE Mathieu (de la) (28 avril 1347)

- CHARMENSAC Etienne (de) (2 mai 1366)

- JUVENIS Jean (17 décembre 1380)

- ROCHEFORT Pierre (de) (14 janvier 1427)

- MYET Jean (16-23 septembre 1461)

- CLUZEIL Léonard (du) (18 octobre 1480)

- ROCHIER (ou ROCHER) Gabriel (1569, 9 juin 1571)

- FARNIER Pierre (1574)

- CHARENTUS Jean (1583, 1592), il est mort en 1612 et est mentionné en 1596 comme prêtre de Rioux, jadis prieur (98 J), lui succède

- PARAT Jacques (1603, 1606)

- VERTOLAYE Anthoine (de) (31 novembre 1609)

- BERNARD Vital ou Vidal (5 janvier 1628, 1647)

- BERNARD Claude (s.d.), auquel succéda le 13 octobre 1664 :

- QUEYTON Anthoine (13 octobre 1664)

- BRUN Gabriel (1679)

- DESTAING Antoine (14 septembre 1692)

- BRUNT (1694), lui succède

- BOISSIEUX Louis (de) (février 1695, 1696)

- TRAIN Paul-Henri (1721, 1769)

- GIRE Jacques (10 avril 1761)

- BELET (1766)

- MENUT Jean (ou René), (18 septembre 1769, 24 décembre 1781)

 

Les curés

- GUERIN Mathieu (1343)

- CHAMBON Jean (1429), lui succède :

- MARTIN Jean (janvier 1429, 5 octobre 1448), lui succède

- PRIVAT Jean (16-23 septembre 1461), lui succède

- DUSSAP Jean (1476, 17-18 octobre 1480)

- OLIVE Jean (1581), lui succède autre

- OLIVE Jean (16 juin 1581, 1583)

- BRAYE Jean (1589) lui succède

- CHAUMELIN Antoine (1-21 mai 1591, 15 avril 1624)

- AGHULAT Laurent (1610, 17 avril 1637), lui succède

- PHILIBERT Jacques (6 août 1641)

- ALLARISSE ou ALLARY (1642, 1654)

- BOLLON (1665 à 1677)

- GUERIN (1669)

- BRUN (jusqu'en juillet 1679), lui succède

- CHABANACY Christophe (27 juillet 1679, 1685)

- DELOLME Jean (1684, 1690)

- REBOULH (1690, 1707)

- GROS Jacques (1692-1722)

- BOULON Jean (s.d.)

- PEYRONNEL Georges (4 octobre 1722, 1761)

- BOYER Gabriel (1761, 1789)

- TERRASSE (1790, 1804)

- ABRIAL (1792), curé et officier public

- LEGAL Jean-Antoine, prêtre desservant provisoirement (1804)

- LHOSTE (1804-1818)

- SOUVETON, vicaire puis curé (1818-1834?)

- LIYUT (1842?-1863)

- MAZAUDIER (1863-1878)

- RAVEYRE (1878-1887, année où il est toujours curé)

Notes

[1] Certains attribuent les roches à bassin à des formations naturelles.

[2] Auguste Aymard, notes sur les roches à bassin, Annales de la Société académique du Puy, T. 22, pp. 341-371, 1859

[3]  Idem., p. 347 et note

[4] A. Fayard, «Le Puy Anicium», Cahiers de la Haute-Loire, 1974, p. 47.

[5] H. Fraisse, Cartulaire de Chamalières, Le Puy, 1871, p. 74, art. 189.

[6] ) A. Lascombe, Répertoire général des hommages de l'évêché du Puy (1154-1714), Le Puy, 1882, p. 136.

[7] Tablettes historiques du Velay, t. IV, p. 479.

[8] Idem., note 7, p. 527.

[9] ) P.-R. Gaussin, L'abbaye de La Chaise-Dieu (1043-1518), Paris, 1962.

[10] ) A.D.H.L., H 11.

[11] A.D.H.L., G 7 (f° 32).

[12] J. Dubois, «Les moines dans la société du Moyen-Age (950-1350)», Revue de l'Histoire de l'Eglise de France, Paris, 1974.

[13] A.D.H.L., H 200 (n° 4).

[14] P.-R. Gaussin, Le rayonnement de la Chaise-Dieu, Brioude, 1981, p. 271

[15] Jean Perrel, Yssingeaux et le pays des sucs, XIIIe-XVIe s., 1996, p. 38.

[16] A.D.H.L., 92 B.

[17] A.D.H.L., H 2.

[18] A.D.H.L., H 200 (n° 5).

[19] A.D.H.L., H 201 (n°40-41).

[20] A.D.H.L., H 201 (n° 30).

[21] A.D.H.L., H 201 (n° 32-33).

[22] A.D.H.L., H 201 (n° 36-37).

[23] Cf. note 14, pp. 246-503. D'après P. R. Gaussin, ce document rédigé en 1672, est la copie de deux autres pancartes plus anciennes de 250 et 200 ans. Il s'appuie sur le fait que tout au long de ce document, le rédacteur renvoie à la Vieille Pancarte et à la Nouvelle Pancarte.

[24] ) Cf. note 14, p. 271.

[25] ) Cf. note 14, Carte du ravitaillement de La Chaise-Dieu, p. 49.

[26] A.D.H.L., H 200 (n°1).

[27] Aujourd'hui village dépendant de la commune de Malrevers.

[28] A.D.H.L., H 201 (n°38).

[29] A.D.H.L., 2 E 1568.

[30] Terroir situé près du chemin qui menait de Combriol au Puy.

[31] Hameau de la paroisse de Malrevers.

[32] A.D.H.L., G 6 (f° 22).

[33] A.D.H.L., 98 J 

[34] A.D.H.L., H 5, p. 23.

[35] A.D.H.L., H 201 (n°s 42-50).

[36] ) A.D.H.L., H 205 (n°3).

[37] A.D.H.L., H 198 (n°6).

[38] A.D.H.L., H 11 (n° 43).

[39] Les six autres officiers claustraux étaient : l'hôtelier, l'infirmier, le chambrier, l'ouvrier, l'aumônier et le chantre.

[40] Cf. note 14, p. 356

[41] Idem.

[42] A.D.H.L., G 1168 (n°1).

[43] A.D.H.L., G 7, folio 32

[44] Pouillé général contenant les bénéfices de l'archevêché de Bourges, Paris, 1648, p. 9 (partie concernant le diocèse du Puy).

[45] ) Dans la préface au pouillé du diocèse du Puy, il émet des réserves concernant le pouillé de l'archevêché de Bourges qu'il considère comme médiocre en ce qui concerne l'évêché du Puy, du fait des inexactitudes dans la nomenclature des collateurs, ainsi que du fait d'une orthographe (Saint-Etienne Lardeyrol étant rédigé Sainct Estienne de Lardeurs) qui rend pratiquement méconnaissable certaines paroisses. Il émet en outre des doutes sur la table des revenus en conséquence des négligences précédentes.

[46] Cf. note 7, p. 512.

[47] A.D.H.L., 3 E 507/343

[48] A.D.H.L., H 321, feuillet 154.

[49] Au sens de : “qui peut représenter”.

[50] 1 Q 1, n° 515-518.

[51] A.D.H.L., H 200 (n° 1-2).

[52] Cf. note 33.

[53] Idem.

[54] A.D.H.L., 1 F 110.

[55] A.D.H.L., G 772 (n° 5).

[56] A.D.H.L., H 201 (n° 46).

[57] Commune de Malrevers

[58] G. Jourda de Vaux, Nobiliaire du Velay et de l'ancien diocèse du Puy, t. 7; p. 124, Lyon, 1924.

[59] Cf. note 7, p. 513.

[60] A.D.H.L., H 201 (n° 30)

[61] Cf. note 7, p. 513.

[62] A.D.H.L., H 201 (n°s 36-37).

[63] J.-C. Gouy, «1679 en Velay. Une visite pastorale d'Armand de Béthune», Les Cahiers de la Haute-Loire, 1974, pp. 151-176.

[64] A.D.H.L., H 2. Etienne de Charmensac (ou Charmensat) est peut-être issu de la branche aînée des seigneurs de Léotoing, Léotoing-Charmensac, comme de nombreux chanoines-comtes de Brioude entre le XIVe et le XVIe siècle.

[65] A.D.H.L., Archives de l'Hôtel-Dieu 1 B 439.

[66] A.D.H.L., H 201 (n° 38).

[67] A.D.H.L., 2 E 637.

[68] A.D.H.L., 1 F 110.

[69] A.D.H.L., H 201 (n°s 43-45).

[70] Cf. note 33.

[71] Cf. note 33 

[72] Cf. note 33.

[73] A.D.H.L., G 6 et G 7.

[74] A.D.H.L., G 6.

[75] A.D.H.L., H 154 (n° 4).

[76] Il est mentionné dans le tome IV des Tablettes historiques du Velay que Vital Bernard prend le titre de prieur en 1630. Cependant, un document daté du 5 janvier 1628 (A.D.H.L., G 529 (3)), précise Vital Bernard comme étant déjà prieur de Saint-Etienne.

[77] Cf. note 7, p. 514.

[78] Cf. note 58, t. 1, p. 131.

[79] G 529 (n° 3).

[80] A. Jacotin, Preuves de la Maison de Polignac, t. IV, p. 502, Paris, 1899.

[81] Hôtel-Dieu, 1 E 1, f° 89.

[82] ) Cf. note 58, t. III, p. 186.

[83]. Cf. note 7, p. 514, et A.D.H.L., H 201 (n°s 42-50).

[84] A.D.H.L., G 772/5. 

[85] A.D.H.L., H 201 (n°s 42-50).

[86] Idem.

[87] A.D.H.L., 1 B 56.

[88] Idem

[89] Recueil des édits, déclarations et ordonnances du roi, arrêts du conseil, du parlement de Toulouse, et autres cours, …, t. IV, pp. 213-216, Toulouse, 1783.

[90] Cf. note 54.

[91]  Maurs est un canton de l'arrondissement d'Aurillac (Cantal).

[92] Cf note 54. Marcolès appartient au canton de Saint-Mamet-la-Salvetat (Cantal).

[93] Cf. note 85.

[94] Idem.

[95] A.D.H.L., H 201 (47).

[96] A.D.H.L., H 201 (48) et H 201 (51).

[97] A.D.H.L., H 200 bis.

[98] Commune de Malrevers.

[99] Carte topographique 1/25 000, Yssingeaux 2835 ouest.

[100] A.D.H.L., V-Dépôt 75/31.

[101] A.D.H.L., V-Dépôt 75/30.

[102] Une erreur a été commise par la personne qui a rédigé le répertoire des fondations classées par village, par le fait qu'elle a placé le lieu du Mont dans la paroisse de Saint-Etienne Lardeyrol, alors que dans l'acte de fondation il est placé dans celle de Saint-Hostien (voir V-Dépôt 75/30, p. 13 verso). 

[103] Il se faisait appeler Varette de Chamblas.

[104] Cf. note 15, pp. 21-22.

[105] A.D.H.L., H 201.

[106] Jean Perrel écrit par erreur dans le tome 2 d’Yssingeaux et le pays des sucs , p. 21,  que la commune de Saint-Etienne-Lardeyrol s'est constituée au XIIIe siècle.

[107] Cf. note 7.

[108] ) Arsac Jean, Toponymie du Velay, Le Puy, 1991, p. 223.

[109] Nous ne ferons pas une étude détaillée de l'édifice, celle-ci ayant déjà été réalisée par R. Saint-Jean, et développée dans son intervention du Congrès archéologique de 1976. Nous nous limiterons à un résumé très sommaire, tout en apportant quelques précisions lorsque cela s'avérera nécessaire.

[110] Cf. note 33.

[111] A.D.H.L., 2 F 242.

[112] A.D.H.L., 2 F 243.

[113] A.D.H.L., 1 Q 688 (dossier de Saint-Etienne Lardeyrol).

[114] A.D.H.L., 3 P 2647.

[115] A.D.H.L., 1 Q 444.

[116] Cf. note 113.

[117]  Pour la chronologie des curés, nous renverrons le lecteur à la liste en annexe.

[118] A.D.H.L., H 200, H 200 bis, H 201.

[119] Ce registre de fondations effectuées entre 1537 et 1609 est désordonné et très incomplet. Il n'a pas été constitué au fil des ans, mais il a été relié sans ordre chronologique, et à partir des actes qui subsistaient.

[120] Cf. note 63, pp. 151-176.

[121]  Le chanoine Mercier a relevé le nom du curé Bollon au cours des années 1665 à 1677.

[122] A.D.H.L., G 772 (4) et G 772 (n° 9).

[123] A.D.H.L., G 772 ter (p. 140) et Pb 40, 1977.

[124]  Commune d'Ardèche ou de Lozère.

[125] A.D.H.L., G 270, p. 91.

[126] A.D.H.L., H 201, divers actes relatifs aux fondations faites en faveur de l'église paroissiale.

[127] A.D.H.L., V-Dépôt 75/30, p. 26.                

[128] A.D.H.L., E-Dépôt 204/1.

[129] Cf. note 33.

[130] Cf. note 33 

[131] Cf. note 127, p. 6.

[132] A.D.H.L., V-Dépôt 75/31, "notes pour les fondations de la paroisse".

[133] Cf. note 126.

[134] Idem.

[135] Idem.

[136] Idem.

[137] Cf. note 127, p. 17.

[138] Cf. note 33.

[139] Cf. note 126.

[140] Cf. note 63.

[141] R. Saint-Jean, «Saint-Etienne Lardeyrol» in Congrès archéologique, p. 605.

[142] Cf. note 7, p. 512.

[143] Cf. note 80, p. 401.

[144] A.D.H.L., G 1168 (n°2) et Chroniques d'Etienne Médicis, t. II, pp. 166-175.

[145] Cf. note 126.

[146] A.D.H.L., G 270 (p. 91).

[147]Terroir dépendant aujourd'hui de la commune de Brives-Charensac.

[148] Cf. note 113.

[149] Cf. note 113.

[150] Lorsque l'auteur a consulté ce document aux A.D.H.L. celui-ci n'était pas coté. Aujourd'hui il reste introuvable.

[151] Cf. note 33 

[152] Cf. note 33.

[153] Cf. note 33.

[154]Cf. note 115.

[155] ) Cf. note 63.

[156] A.D.H.L., 1 Q 472 (folio 31, verso) et 1 Q 444.

[157] M. l'archévêque de Paris, Traité de l'administration temporelle des paroisses, Paris, 1845, 3e éd.

[158] A.D.H.L., V-Dépôt 75/31, dernière page.

[159] Cf. note 63.

[160] Cf. note 63.

[161] Il existait déjà au XIIIe siècle des confréries de Pénitents en Velay. En 1584, Antoine de Sénecterre, évêque du Puy, unifia l'ensemble de ces confréries et leur assigna de nouveaux statuts où la dévotion au Saint-Sacrement devint l'objet principal. 

[162] Cf. note 63.

[163] Centre culturel départemental, Jésuites en Haute-Loire, 1990, p. 108.

[164] Cf. note 33.

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