Baronnie

Présentation
Nouveautés
Les Origines
Baronnie
Le Prieuré-Cure
La Commune
Pierres et Monuments
Les Villages

 

 Baronnie de St Etienne Lardeyrol

 

            Les premiers seigneurs de Lardeyrol avaient construits le siège de la baronnie sur un promontoire rocheux, à partir duquel ils pouvaient surveiller les alentours. Aujourd'hui, il ne reste que quelques pans de murs de ce château, que l'on peut apercevoir en empruntant la route qui relie Le Puy-en-Velay à Saint-Etienne.

            D'après le n° 189 du cartulaire de Chamalières, il apparaît que le château de Lardeyrol, construit vers 1021-1028? [1], avait sous son autorité un mandement dès le début du XIè siècle.

            L'étendue du mandement de Lardeyrol était assez importante aux vues de la Carte des mandements du Velay de Delcambre, mais surtout à la consultation des rôles de capitation de 1695, notamment celui du mandement de Lardeyrol[2], où sont mentionnés 24 villages et hameaux qui payaient l'impôt, dont Saint-Etienne-Lardeyrol.

            Si l'on se réfère à l'étude de M. Truchard du Molin [3], ses possession s'étendaient "de l'occident au nord, la Loire entourait d'une ceinture défensive leurs seigneuries d'Adiac et de Glavenas. Maîtres du col, ils en ouvraient et fermaient à volonté les issues par les péages de Montferrat et du Pertuis, à la fois source de revenu et moyen de protection. D'épais massifs de rochers et de sapins les séparaient vers l'orient des baronnies de Saussac et de Queyrières, et au midi ils s'étendaient par de brusques dégradations de ravines et de reliefs jusqu'au domaine des Prémontrés.(abbaye de Doue, située à Saint-Germain-Laprade) Ainsi placés, les barons de Lardeyrol n'avaient à craindre ni les surprises ni les heurts de leurs voisins"[4].

            La baronnie de Lardeyrol était une des dix-huit baronnies diocésaines du Velay[5] qui donnaient à leurs possesseurs, le droit de siéger aux assemblées des Etats du Velay, présidées par l'évêque du Puy, comte de Velay, et composées des trois ordres : l'Eglise, la noblesse et le tiers-état.

 

            La première apparition d'un acte concernant l'histoire de la seigneurie de Lardeyrol se trouve dans le n° 189 du Cartulaire de Chamalières, qui mentionne un certain Guido et son épouse Barnelde qui donnent au couvent de Chamalières (Velay), sous le règne du roi Robert le Pieux (996-1031), une mense située "in mandamento castri de Lardariollo".

            Malheureusement, nous ne connaissons aucun membre de la famille de Lardeyrol qui était seigneur dudit lieu, bien que vivait à la même époque, un chanoine de Notre-Dame du Puy [6]. appelé Boson de Lardeyrol.

            Plus tard, nous voyons en 1267, Hugues de Lardeyrol (Lardariolo) qui était hospitalier du Puy et qui mourut en Orient ; Pons de Lardeyrol qui figurait parmi les seigneurs convoqués au Puy, le 13 août 1313, par Reynaud de Sainte-Beuve, chevalier, afin de fixer les limites de quelques contrées de la sénéchaussée de Beaucaire [7]. Cependant, rien ne nous affirme qu'ils furent seigneurs du château de Lardeyrol.

 

            Les armes de cette famille nous sont inconnues, et nous ne possédons que de faibles données sur cette race chevaleresque qui a pris ou donné son nom à Lardeyrol.

            Cette famille apparaît comme étant éteinte au début du XIIIè s, car d'après un hommage de 1213, qu'il renouvelait en 1220, Pons de Chapteuil, issu de la famille du même nom qui vivait sur un vaste domaine situé à quelques kilomètres de Saint-Etienne-Lardeyrol, reconnaît tenir de l'évêque du Puy (Robert de Mehun puis Etienne de Chalencon), comte de Velay, entre autres châteaux, celui de Lardeyrol.

            Cet acte affirme donc, entre autre, que le château de Lardeyrol existait bien comme fief distinct à cette époque, et que Pons de Chapteuil en est le possesseur, ou tout du moins, en rendait l'hommage aux évêques du Puy, comtes de Velay, après, peut-être, que la famille de Lardeyrol soit venue s'y éteindre par mariage.

 

            Dans la deuxième moitié du XIIIè siècle, succédant aux Chapteuil, ce sont les seigneurs de la maison de Glavenas que nous trouvons en possession de Lardeyrol en 1285, qui y arrivèrent par acquisition ou par alliance. Du château de la baronnie, ils en firent leur résidence principal, tandis que le château de Glavenas passa à l'état d'annexe [8].

            De Guigon de Glavenas, connu comme propriétaire du château de Lardeyrol par une transaction de 1269 [9], jusqu'à Amblard de Glavenas, en 1522, dernier mâle de cette lignée des barons de Lardeyrol, près de 250 ans se sont écoulés sous la tutelle de cette famille.

            Grâce aux différentes alliances, les richesses et les terres de la baronnie ne cessèrent de s'accroître : en 1329, Jaucerand, seigneur de Glavenas et de Lardeyrol, se marie avec Alaïs d'Usson [10]. qui apporta dans la corbeille de mariage une portion de Vilherma, et le fief de Versilhac (près d'Yssingeaux), revendu en 1369 par Astorge de Glavenas ; le 22 août 1453, la dot des fiançailles de Falcon de Glavenas, fils à Jean de Galvenas, avec Antonie de la Tour de Saint-Vidal, fille de Dragonnet, était constituée de 2700 écus d'or, ainsi que tous les droits sur le péage de Montferrat et du Pertuis, ainsi que les cens, revenus, ainsi que les basse, moyenne et haute justices que la maison de la Tour Saint-Vidal possédait sur le territoire de Lous Pis, au mandement de Glavenas [11]; puis ce fut vers l'Auvergne que ces seigneurs allèrent chercher alliances : de 1514 à 1520, Amblard de Glavenas, fils de Dragonnet, possédait des fiefs aux environs de Saint-Flour, et plus précisément, une partie des terres de l'ancienne maison de Pompignac (Haute-Auvergne) qu'il acquit lors de son mariage avec Antoinette de Chaslus, dame en partie de ces terres.

 

            Amblard de Glavenas, baron de Lardeyrol, eut un rôle politique important en Velay, en contestant aux vicomtes de Polignac leur seule présence aux grandes assemblées de la province de Languedoc. Les déplacements aux Etats-Généraux de la province coûtaient relativement chers aux barons du Velay, (en 1512 il y eut trois sessions : Le Puy, Montpellier et Narbonne), et ils déléguèrent leurs pouvoirs aux vicomtes de Polignac pour défendre leurs droits. Au cours des années suivantes, ces derniers se passèrent des procurations des barons pour rester seul à représenter les dix-huit baronnies du Velay, et ce, depuis les premières années du XVIè siècle.

            Mais le 12 novembre 1520, Amblard de Glavenas fit reconnaître aux barons, lors de l'ouverture des Etats-Généraux à Pont-Saint-Esprit, le droit d'être représentés et d'y avoir siège. De ce fait, Amblard de Glavenas siégea aux Etats comme baron de Lardeyrol, au même titre qu'Armand de Polignac pour sa vicomté, et comme représentant légal des barons du Velay[12]., et ce jusqu'à la Révolution.

            Par cet acte, la noblesse du Velay faisait opposition aux prérogatives de la maison de Polignac, et reprenait ainsi son droit politique d'être représentée légalement aux assemblés régionales.

 

            A la famille de Glavenas, succéda la maison de Marcenat, du nom d'un bourg situé dans le Cantal, qui fit un cours passage dans l'histoire de Lardeyrol.

            Jean de Marcenat, fils de Guy et de Catherine de Chaslard, épousa Claire de Glavenas, fille d'Amblard, le 17 février 1522. Il devenait ainsi baron de Lardeyrol. Résidant au château jusqu'au 8 juin 1566, date de son décès, il passa presque inaperçu dans l'histoire de la baronnie.

            Claire de Glavenas avait assurée son hérédité en mariant sa fille, Jeanne, le 28 mai 1564 [13]., non pas avec Jean de Polignac, comme le dit Truchard du Molin [14], mais avec le fils que celui-ci avait eut d'avec Françoise de Montaigu, François II de Polignac[15], seigneur d'Adiac. La terre de Lardeyrol revenait donc ainsi à une nouvelle famille.

            En s'installant dans le château de Lardeyrol, ce nouveau baron délaissait sa propriété d'Adiac qui tombait aux mains des Protestants en 1574, lors des guerres de Religion. Il ne lui fut rendu que plus tard sur autorité de son ami, le nouveau gouverneur de Velay, Antoine de Saint-Vidal.

            A François II lui succéda son fils, Marc, que l'on voit apparaître dans le procès-verbal des Etats de Velay, le 29 juin 1598.

 

            A partir de la fin du XVIè siècle, les hasards de l'Histoire firent passer la baronnie de Lardeyrol de famille en famille.

            Ce fut tout d'abord la fille de Marc de Polignac, Jeanne-Marie, qui, veuve de Itier de Giorand [16], apporta la baronnie à François d'Auzon, fils à autre François de Montravel et de Renée d'Urfé, qu'elle épousa le 10 avril 1615. Puis, la baronnie suivit les mêmes destinées que la seigneurie d'Adiac, et passa successivement aux maisons de Saint-Martial, d'Auriouze de Cusse et aux Montboissier-Beaufort d'Hauterive.

            C'est avec cette dernière famille que s'arrête la transmission par union de la baronnie de Lardeyrol, car le 9 octobre 1731, c'est un capitoul de Toulouse, Pascal Lamye, qui l'achète à Pierre de Montboissier-Beaufort-Canillac pour le prix de 66.000 livres. Ce dernier la revendit à son petit-fils, Ignace Bertrand-Benoît Lamyc qui la céda à Jacques-Antoine de Veyrac [17] le 7 avril 1764, pour la somme de 72.000 livres.

            Nous retrouvons, jusqu'à la Révolution, comme seigneur de la baronnie de Lardeyrol trois générations de cette maison qui se sont alliées successivement aux Bellut de Trintinhac (1723), aux de Pollation de Glavenas, aux de Roux-Déagent de Morges (1757) et aux de Beauvoir du Roure (1785).

 

            A la Révolution, il ne restait déjà plus que des ruines de ce qu'avait été le siège de la baronnie diocésaine de Lardeyrol. Truchard du Molin nous le précise en mentionnant l'acte de vente de la baronnie, passé au château de Chassaigne devant Thomas, notaire à Paulhaguet [18]. Effectivement, lorsque le vicomte de la Roche-Canillac vendit la baronnie à Pascal Lamye en 1731, l'acte de vente comprenait "la masure du château".

            De la même manière, entre autre, que dans les seigneuries de Chapteuil et d'Eynac, une communauté d'habitants s'était installée au pied du château, siège de la vie seigneuriale. Dans le même temps, et un peu plus en avant des terres, il se développait dans les paroisses de Saint-Etienne-Lardeyrol, Saint-Julien-Chapteuil et Saint-Pierre-Eynac, le centre de la vie religieuse du mandement.

 

Thierry Alloin.

 

Notes

[1] C Laurenson-Rosaz, L'Auvergne et ses marges du VIIIe au XIe siècle, Le Puy, 1990, pp. 370-371.

[2] Arch. dép. Haute-Loire, 1C 1029

[3] M. Truchard du Molin, La baronnie de Lardeyrol, in Bulletin de la Société Académique de la Haute-Loire, T. VIII, 1894-1895.

[4] Idem, p. 143.

[5] Les 17 autres étaient : Polignac, Saussac, Bouzols, Saint-Vidal, Beaudiner, Roche-en-Régnier, Queyrières, Montbonnet, Dunières, Saint-Haond, la Brosse, Saint-Didier, Vachères, le Villard (cme de Monistrol-sur-Loire), Maubourg, Loudes et Jonchères.

[6] G. Jourda de Vaux, Les châteaux historiques de la Haute-loire, Le Puy, 1911,p. 164.

[7] Idem.

[8] Cf note 7, p. 157.

[9] Idem.

[10] Usson-en-Forez, une des nombreuses seigneuries de la maison de la Roue.

[11] Cf note 7, p. 169.

[12] Idem, pp. 172-174.

[13] Cette maison de Polignac d'Adiac est considérée comme une branche bâtarde des Polignac, car Jean de Polignac était le fils qu'Armand VII, vicomte de Polignac, avait eut d'une union illégitime, et à qui il donnait de nombreuses terres en 1406 et 1415, dont celle d'Adiac.

[14] Cf note 7, p. 183.

[15]  Idem, p. 6 et A. Jacotin, Preuves de la maison de Polignac, Paris, 1899, T.3, pp. 51-53.

[16] La terre de Giorand (ou Gioran) est située en Vivarais, près des sources de la Loire.

[17] Cette maison de Veyrac est établie à Chamblas, paroisse de Saint-Etienne-Lardeyrol, depuis 1535.

[18] Cf note 7, p. 141.